Asie
Grand Caucase
"Les montagnes qui donnent l'impression que les Alpes ont été construites la semaine dernière."
Le minibus de Mestia à Ushguli prend environ trois heures sur une route qui alterne entre gravier et optimisme pur. À l’arrivée, ce n’est pas l’altitude qui vous frappe en premier — même si à 2 200 mètres on la ressent — mais les tours. Des tours médiévales svanes, quarante ou cinquante, qui surgissent des toits d’ardoise d’un village habité sans interruption depuis l’Âge du Bronze. Le classement à l’UNESCO ne change rien ici. Des poules picorent dans la boue entre les tours. Des femmes âgées vendent des churchkhela depuis une table au bord de la route. Les montagnes qui ferment le fond — le Shkhara à 5 068 mètres — sont recouvertes de glaciers qui semblent sur le point de se détacher à tout moment.
J’ai passé quatre jours à Ushguli en marchant chaque matin dans une direction différente. Vers le glacier du Shkhara, où la glace émet des sons qui rappellent qu’elle est en mouvement permanent. À l’est, vers les tours déshabitées de Murkmeli, où personne n’essaie de vous vendre quoi que ce soit parce qu’il n’y a personne d’autre. La nourriture est simple et sérieuse : le kubdari, un pain fourré au porc épicé et à l’oignon, pressé à plat dans une poêle en fonte et mangé brûlant à une table où la grand-mère de quelqu’un observe pour voir si vous finissez. Le vin est ambré, en macération carbonique par défaut, versé d’une cruche en argile, et il a un goût qu’on ne retrouve nulle part ailleurs.
Côté azerbaïdjanais de la chaîne, la vallée de Lahic dans le district d’Ismailli offre le même dramatisme sans les tours svanes, mais avec d’autres textures — ateliers de cuivre, ruelles pavées, odeur de métal travaillé qui se mêle à l’air froid descendant de la rivière Girdimanchai. C’est plus calme, plus difficile d’accès, et donc presque entièrement à vous.
Quand y aller : De juin à septembre pour accéder aux montagnes — la route vers Ushguli est souvent impraticable de novembre à avril. Fin juin, les fleurs sauvages d’altitude sont au sommet de leur floraison ; en septembre, les cieux sont dégagés et les sentiers se vident une fois la petite affluence estivale dissipée. Évitez juillet et août si vous voulez les villages pour vous seul.
Ce que la plupart des guides ratent : Ils traitent la Géorgie comme un voyage de vin et de Tbilissi, et mentionnent le Caucase comme une éventuelle excursion annexe. Les montagnes ne sont pas une excursion annexe. Elles sont la destination. Tbilissi, c’est là où on se repose.