Maisons à colombages avec balcons en bois surplombant la Lauter dans le vieux quartier de Wissembourg
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Wissembourg

"Nous avons demandé à une commerçante si nous étions encore en France. Elle a dit oui, mais tout juste, et elle a ri comme si la question se justifiait."

La dernière ville française avant l'Allemagne, où les maisons du canal se penchent sur l'eau exactement comme à Strasbourg mais sans la foule, et où la frontière ressemble plus à une suggestion qu'à une ligne.

Wissembourg est si loin au nord de l’Alsace que la frontière allemande longe presque sa lisière, assez près pour que nous l’ayons franchie deux fois avant midi sans vraiment le remarquer, une fois pour une balade et une fois parce que Lia voulait une moutarde allemande bien précise. C’est le genre de ville qui donne l’impression que toute l’idée d’une frontière nationale est un peu arbitraire — l’architecture, la cuisine, le dialecte s’y mêlent d’une façon que Strasbourg, à une heure au sud et bien plus visitée, ne parvient plus tout à fait à faire.

La Lauter, le quartier des tanneurs et une maison sur pilotis

L’ancien quartier des tanneurs, le Quartier des Tanneurs, longe la Lauter avec ses maisons à colombages bâties directement au-dessus de l’eau sur des pilotis en bois, leurs étages supérieurs garnis des mêmes séchoirs que la Petite France de Strasbourg, plus célèbre, utilise pour des photographies par centaines — sauf qu’ici nous avions le chemin de halage presque pour nous seuls un mardi matin, juste une femme nourrissant les canards et un chat endormi sur un rebord de fenêtre. La Maison du Sel, un bâtiment trapu à colombages au toit très pentu qui abritait autrefois les réserves de sel de la ville, ancre un coude du canal et semble, sous certains angles, sur le point de glisser doucement dans l’eau au bord de laquelle elle se tient depuis quatre siècles.

Maisons à colombages sur pilotis en bois le long du canal de la Lauter dans le vieux quartier des tanneurs de Wissembourg

Saints-Pierre-et-Paul et le cloître qui a survécu à un empire

L’Abbatiale Saints-Pierre-et-Paul est la plus grande église d’Alsace après la cathédrale de Strasbourg, un édifice gothique en grande partie du treizième siècle greffé sur une tour romane du onzième siècle qui a survécu parce que personne n’a jamais pris la peine de la démolir pour l’accorder au reste. Nous sommes entrés dans le cloître attenant presque par hasard, en cherchant de l’ombre, et nous y avons trouvé un tranquille rectangle de galeries en arcades où s’était dressée une abbaye carolingienne dès le huitième siècle, bien avant que l’Alsace n’appartienne à la France, ou à l’Allemagne, ou à qui que ce soit qui la revendique aujourd’hui. Debout là, à écouter les cloches et une bribe d’allemand parlée par des touristes de l’autre côté du mur, je me suis dit que Wissembourg avait simplement survécu à toutes les frontières jamais tracées à travers elle, continuant tranquillement à fabriquer de la moutarde et à faire sécher son linge au-dessus du canal, quoi qu’il arrive.

La tour romane et la nef gothique de l'Abbatiale Saints-Pierre-et-Paul vues depuis le jardin du cloître

Quand y aller : De la fin du printemps au début de l’automne pour les balades le long du canal et le jardin du cloître en fleurs ; le marché de Pentecôte de la ville (la Fête du Maïtrank) en mai vaut le détour si l’on veut goûter ce vin local parfumé à l’aspérule qui ne voyage guère au-delà de ce coin d’Alsace.

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