La Moselle traversant Épinal avec la basilique Saint-Maurice et les toits de la vieille ville en arrière-plan
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Épinal

"Tout enfant français connaît l'expression « image d'Épinal » sans savoir qu'il existe une véritable Épinal. Je suis finalement allé vérifier."

La ville des Vosges qui a donné à la langue française l'expression « image d'Épinal », et où j'ai enfin compris d'où venait la moitié des clichés visuels de ma propre enfance.

Il existe une expression française, « une image d’Épinal », qu’on emploie pour décrire une représentation idéalisée et simplifiée de quelque chose — une version carte postale de la réalité. J’avais utilisé cette expression toute ma vie sans jamais la relier à une véritable ville sur la Moselle, dans les contreforts des Vosges, ce qui m’a semblé exactement le genre de trou dans ma propre culture que je voulais combler avant de m’être trop installé à l’étranger pour m’en soucier. Lia a trouvé ça sans fin amusant, un Français faisant trois heures de route pour aller enquêter sur une expression toute faite.

L’Imagerie et les presses qui ont façonné l’imaginaire d’une nation

L’Imagerie d’Épinal produit ses images populaires si caractéristiques depuis 1796, lorsque Jean-Charles Pellerin s’est mis à sortir des images en bois gravé bon marché et vivement colorées pour un public qui n’avait presque aucun autre accès au divertissement visuel — scènes religieuses, exploits militaires, contes de fées, almanachs satiriques, tous rendus avec les mêmes contours épais et les mêmes couleurs primaires aplaties qui ont fini par donner son sens à l’expression. Nous avons suivi la visite guidée de l’atelier et regardé un imprimeur faire fonctionner une véritable presse ancienne, encrant à la main une planche de bois gravée et tirant une feuille au levier, le même geste physique qui a produit des millions de ces images pour les foyers français pendant plus d’un siècle avant que la photographie et le cinéma ne prennent ce relais. Debout dans la salle d’impression, entouré de feuilles en train de sécher représentant soldats et saints dans les quatre mêmes couleurs, il était facile de voir à quel point cette petite fabrique avait façonné le raccourci visuel du sentiment et de la nostalgie de toute une nation, moi y compris.

Une presse d'impression ancienne à manivelle à l'Imagerie d'Épinal avec une gravure sur bois fraîchement encrée

La Moselle, les îles, et une basilique qui tient bon

Épinal est éclatée sur plusieurs îles de la Moselle, reliées par une poignée de ponts qui rendent une promenade du soir presque flâneuse dans le bon sens du terme, rivière des deux côtés et cygnes remontant le courant sous vos pieds. La basilique Saint-Maurice ancre la vieille ville avec une façade mêlant roman, gothique et ajouts plus tardifs issus de siècles de rafistolages et de reconstructions, sa tour trapue visible comme un repère depuis presque n’importe quel point du centre. Nous sommes montés jusqu’au château en ruine surplombant la ville au crépuscule, où il ne reste presque rien à part le tracé des fortifications et une vue sur les toits et la rivière qui les contourne en s’incurvant, et j’ai pensé qu’une expression que j’employais depuis toujours sans y penser avait, tout ce temps, un foyer bien réel, en train d’imprimer tranquillement sur la Moselle pendant que j’utilisais son nom pour tout autre chose.

Des cygnes sur la Moselle avec la vieille ville d'Épinal et la tour de l'église se reflétant dans l'eau au crépuscule

Quand y aller : Le printemps et le début de l’automne sont les meilleures saisons pour arpenter les îles au fil de l’eau et le terrain du château sans la foule estivale ; pensez à vérifier au préalable le programme des ateliers de l’Imagerie, car les démonstrations d’impression en direct ne se tiennent pas tous les jours.

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