Le large fond de canyon du Wadi Hadramaout à l'heure dorée, palmiers-dattiers et villages en briques de terre sous des falaises calcaires pâles
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Wadi Hadramaout

"Une vallée si vaste qu'elle contient sa propre météo et son propre sens du temps."

Une vaste vallée-canyon qui traverse le plateau calcaire de l'est du Yémen, parcourue de palmiers-dattiers et de cités antiques qui font le commerce de l'encens depuis avant que Rome n'existe.

Le Hadramaout n’est pas une seule chose — c’est un réseau de vallées qui court sur environ 160 kilomètres à travers le plateau calcaire de l’est du Yémen, assez large par endroits pour qu’on ne distingue les deux parois de falaise que par temps très clair. Le fond de la vallée est cultivé d’une manière qui paraît un acte de défiance vu le désert environnant : palmiers-dattiers en bosquets denses, parcelles de mil et de sorgho, le potager occasionnel. Les villes en briques de terre qui bordent le fond de la vallée — Say’un, Tarim, Shibam, Al-Qatn — sont habitées sans interruption depuis des millénaires, leur architecture adaptée au fil des siècles à la logique particulière d’un lieu qui a trop de soleil, trop peu de pluie et une énorme quantité d’ambition humaine.

Je suis entré dans le Hadramaout par la route côtière, qui escalade l’escarpement par des lacets qui récompensent le vertige par des vues de la vallée se révélant progressivement en contrebas. Le plateau au-dessus est lunaire — plat, pâle, presque sans végétation — puis le sol s’ouvre et l’on descend dans quelque chose qui ne devrait pas exister dans ce paysage : vert, dense, sentant l’irrigation et les feux de bois.

Say’un et son palais

Say’un est le centre administratif du Hadramaout, ce qui signifie qu’elle a une gare routière, plusieurs banques et un palais qui appartenait aux sultans kathiris — une confiserie blanchie à la chaux qui paraît légèrement délirante au milieu de la ville en briques de terre, six étages de plâtre blanchi miroitant au soleil. Le palais est aujourd’hui un musée de qualité inégale mais le bâtiment lui-même est une raison suffisante. La cour par un matin tranquille, quand la lumière entre de biais et que les murs de plâtre passent du blanc à la crème puis à quelque chose de presque rose, est le genre de chose qu’on emporte chez soi sans le vouloir.

L’économie du palmier-dattier

Les palmiers-dattiers du Hadramaout ne sont pas décoratifs. Ils sont la raison pour laquelle la vallée est peuplée depuis aussi longtemps. Les palmiers offrent l’ombre qui rend l’activité agricole possible, un fruit qui peut être stocké et négocié, des palmes qui deviennent matériau de construction et fourrage. Dans les bosquets entre les villes, les canaux d’irrigation qui les alimentent sont entretenus par des systèmes antérieurs à l’islam. J’ai traversé l’un de ces bosquets en plein midi — l’air à l’intérieur était dix degrés plus frais qu’à l’extérieur, le sol meuble et sombre d’humidité — et j’ai immédiatement compris pourquoi les premiers peuplements ont choisi exactement ces endroits.

Les mosquées de Tarim

Tarim est la capitale religieuse du Hadramaout et compte plus de mosquées par habitant que presque partout ailleurs dans le monde musulman — une affirmation que je ne peux vérifier mais que j’ai vu répétée assez souvent pour la croire à peu près. La mosquée Al-Mihdhar a un minaret de 53 mètres bâti en briques de terre dans les années 1910, ce qui est une chose remarquable à énoncer à voix haute. Il domine la ville sous tous les angles. L’intérieur est frais et sent le bois ancien et l’encens, et le carrelage autour du mihrab est assez fin pour qu’on se demande ce qui d’autre se fabriquait ici en 1914 pendant que d’autres parties du monde faisaient autre chose.

Les falaises au crépuscule

Ce à quoi je reviens sans cesse, c’est la qualité de la lumière quand le soleil passe sous le rebord du plateau. Les falaises calcaires passent du blanc à la crème, à l’ambre, au rose en l’espace d’une trentaine de minutes, et le fond de la vallée bascule dans une ombre violette tandis que les falaises flamboient encore au-dessus. Les palmiers-dattiers deviennent des silhouettes. Le muezzin appelle de trois directions à la fois. Un homme sur un âne avance sur la route en contrebas à une allure qui ne suggère aucune urgence particulière, et la poussière derrière lui accroche la dernière lumière horizontale et vire brièvement à l’or.

Quand y aller : De novembre à février pour des températures diurnes agréables ; la vallée peut être férocement chaude d’avril à octobre. La récolte des dattes à la fin de l’été anime l’activité locale mais coïncide avec le pire de la chaleur. Un véhicule 4x4 est recommandé pour les routes du plateau ; les routes du fond de la vallée sont généralement goudronnées.