Les terrasses de pierre d'Al-Mahwit cascadant le long d'un flanc de montagne dans la brume du petit matin, verdoyantes de sorgho et de qat
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Al-Mahwit

"Une ville de montagne qui fonctionne comme les villes de montagne le devraient — sans le moindre intérêt pour ce qui se passe en bas."

Al-Mahwit se trouve dans les hautes terres occidentales du Yémen à une altitude qui la maintient constamment de plusieurs degrés plus fraîche que Sanaa, elle-même déjà nettement plus fraîche que la côte. La ville elle-même est petite — une rue principale, un groupe de bâtiments gouvernementaux, une place de marché — mais c’est pour le paysage environnant qu’on vient : des flancs de montagne en terrasses qui plongent dans trois directions, chaque terrasse d’une nuance de vert différente selon la culture et la saison, l’ensemble assemblé au fil des siècles par des paysans qui avaient compris que des pentes raides et une pluie rare exigent une architecture de la terre aussi précise que n’importe quel bâtiment.

Les terrasses ici ne sont pas décoratives. Ce sont des ouvrages d’ingénierie fonctionnels en pierre et en terre, qui captent l’eau de pluie et préviennent l’érosion sur des pentes qui seraient sinon totalement incultivables. Certaines sont si étroites qu’une seule rangée de plantes y tient en largeur. Certaines sont si anciennes que les pierres qui les retiennent ont été réparées tant de fois que le mur d’origine et la réparation sont devenus un seul objet. En descendant un sentier de terrasses, on traverse une histoire comprimée de l’ingéniosité agricole où chaque ligne horizontale a été achetée par le travail de quelqu’un et entretenue par celui d’un autre.

Le marché du jeudi

Le marché hebdomadaire est la raison pour laquelle Al-Mahwit existe à une échelle supérieure à celle d’un village. Le jeudi matin, les paysans des communautés montagnardes environnantes — certains de villages accessibles seulement par sentier muletier — descendent pour vendre et acheter dans un marché qui fonctionne le même jour depuis des siècles. La variété est extraordinaire vu l’isolement apparent : miel local (plusieurs qualités, chaque vendeur absolument certain de la supériorité du sien), qat de plusieurs altitudes différentes et donc de plusieurs qualités et prix différents, sorgho et millet en vrac, épices séchées, outils d’occasion, accessoires de téléphone portable.

Je suis arrivé assez tôt pour voir le marché s’assembler de lui-même, ce qui est un processus avec sa propre logique : les vendeurs réguliers revendiquant leurs emplacements sans négociation apparente, les rares disputes réglées par l’ancienneté plutôt que par le volume de la voix, les vendeurs de thé installant leurs postes en premier, ayant correctement calculé que tout le reste exigerait du thé. À 9 heures, le marché était à pleine capacité et le bruit — transactions, salutations, enfants, l’objection occasionnelle d’un animal — était une musique précise qui n’avait aucune ressemblance avec le silence des terrasses à trente minutes de marche.

La culture du qat en altitude

Le qat cultivé dans les hautes terres d’Al-Mahwit est considéré comme l’un des plus fins du Yémen, ce qui, dans un pays où le qat est la principale culture de rente et où sa qualité se discute avec l’attention que d’autres cultures accordent au vin, est une affirmation de poids. L’altitude et le régime des pluies produisent des feuilles à plus forte concentration de cathinone — l’alcaloïde actif — et une saveur que les chiqueurs expérimentés décrivent comme plus nette et plus cérébrale que les variétés de basse altitude. Je ne suis pas un chiqueur expérimenté, mais l’après-midi que j’ai passé avec un groupe de paysans au-dessus de la ville, à venir à bout d’une brassée de branches fraîchement coupées, fut long, lent et plus intéressant que je ne l’avais prévu. La vue y était pour quelque chose.

Marcher dans les terrasses

Les sentiers entre les villages au-dessus d’Al-Mahwit sont entretenus par l’usage — par aucune infrastructure formelle — et ils exigent un guide ou un excellent sens de l’orientation, car les murs des terrasses peuvent masquer les lignes de vue et les sentiers se ramifient souvent sans aucune signalisation. J’ai marché avec un jeune homme de la ville qui connaissait les sentiers de la même façon qu’il connaissait sa propre maison, sans y penser, désignant des repères — un rocher en particulier, un arbre précis — que je n’aurais pas enregistrés comme repères sans qu’on me les indique. Nous avons fini dans un village à environ trois kilomètres au-dessus de la ville, où la grand-mère de quelqu’un nous a nourris de pain plat et de miel sans qu’on le lui demande et a semblé surprise que cela exige la moindre gratitude particulière.

La lumière en altitude

La lumière des hauteurs à Al-Mahwit a une qualité que j’associe spécifiquement à la montagne : vive sans être dure, claire d’une manière que la lumière côtière atteint rarement, les ombres aux contours nets plutôt que diffuses. Au petit matin, avant que les nuages ne montent de l’ouest, les terrasses captent la lumière sous un angle qui rend chaque couche horizontale distincte et la montagne entière semble organisée autour du principe d’en capter le plus possible.

Quand y aller : de mars à mai et de septembre à novembre pour la meilleure combinaison de températures douces et de visibilité claire. La mousson d’été (juin–août) apporte de fortes pluies et un vert spectaculaire aux terrasses mais rend certains sentiers difficiles. Le marché du jeudi fonctionne toute l’année ; arriver le mercredi soir permet un départ matinal sans la pression d’un trajet le jour même depuis Sanaa.