Palau
"Le rocher ressemble vraiment à un ours. J'ai passé plus de temps que je ne l'admettrais à m'en assurer."
Un port de ferry actif sur la côte nord-est de la Sardaigne, qui fait aussi office de porte d'entrée la plus simple vers l'archipel de la Maddalena, avec un ours de granit qui veille sur le détroit.
Palau existe, dans un sens très pratique, pour faire embarquer les gens sur des bateaux — c’est le principal point de départ des ferrys et des embarcations de plaisance qui rejoignent la Maddalena et Caprera, et la plupart des visiteurs la traitent comme un lieu de passage plutôt qu’une destination. Je crois que c’est une erreur, ou du moins une lecture incomplète de la ville, car Palau, pris pour lui-même — une grille portuaire basse adossée à des collines de granit rose, avec l’éclat de la Costa Smeralda notablement absent — a un caractère de port de travail que j’ai trouvé plus reposant que la plupart de ses voisines plus tape-à-l’œil.
Roccia dell’Orso
Le véritable emblème de la ville se trouve au sommet d’une colline dominant le port : un bloc de granit, sculpté par des millénaires d’érosion éolienne, qui, sous le bon angle, se résout sans ambiguïté en la forme d’un ours dressé sur ses pattes arrière. La Roccia dell’Orso servait apparemment de repère de navigation depuis l’Antiquité — les marins romains l’auraient déjà mentionnée — et grimper jusqu’à elle en fin de matinée m’a offert un panorama complet sur le détroit, les îles de la Maddalena éparpillées sur une eau turquoise, et le contour de la Corse plus au nord. J’ai fait deux fois le tour de la formation rocheuse, en partie pour la vue, en partie par pure incrédulité devant la précision avec laquelle la nature avait sculpté quelque chose d’aussi spécifique.

La vie du port, sans hâte
Au niveau de la mer, le front de port de Palau se livre à sa propre version tranquille de la passeggiata du soir — des pêcheurs réparant leurs filets près du terminal des ferrys, des familles mangeant des glaces sur des bancs face à l’eau, le modeste ballet des yachts et voiliers allant et venant vers l’archipel. J’ai mangé une assiette de spaghetti ai ricci — pâtes aux oursins, une spécialité tout le long de cette côte — dans une petite trattoria à un pâté de maisons de l’eau, moins chère et moins guindée que tout ce que j’avais trouvé à Porto Cervo, vingt minutes plus au sud, et sans doute meilleure.
Le ferry pour partir
Au matin, j’ai pris le court trajet en ferry vers la Maddalena, regardant les collines de granit de Palau s’éloigner tandis que les îles de l’archipel se précisaient devant nous — une traversée si brève qu’elle mérite à peine le nom de voyage, plutôt comme franchir une porte très mouillée entre deux versions différentes de cette côte. Quoi qu’elle soit d’autre, Palau mérite bien son titre de seuil, et les seuils, j’en suis venu à penser, méritent plus d’attention qu’on ne leur en accorde d’ordinaire.

Quand y aller : De mai à juin et en septembre, l’accès aux îles par ferry se fait facilement, sans les traversées complètes du mois d’août. Grimpez à la Roccia dell’Orso en fin d’après-midi, quand la lumière rasante met le mieux en valeur la texture du granit.