Un troupeau de chevaux blancs camarguais galopant dans une eau peu profonde au lever du soleil, les zones humides s'étalant derrière eux
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Camargue

"La Camargue est l'endroit où la Provence oublie d'être jolie et devient quelque chose de plus brut et de plus difficile à nommer."

Un delta sauvage et marécageux où des flamants roses se tiennent en groupes roses et des chevaux blancs dérivent sur les salins au bout de la France.

J’ai quitté Arles par la D570 en direction du sud et en vingt minutes le paysage avait tellement changé qu’il était difficile de croire que j’étais encore dans le même département. Les vignobles et les collines calcaires avaient disparu ; la terre s’était aplatie, puis encore aplatie, puis avait commencé à se mirer. De part et d’autre de la route, les étangs — les lacs salés peu profonds — s’étiraient jusqu’à l’horizon, leurs surfaces brisées seulement par les taches roses de vols de flamants debout dans une eau couleur de vieux verre. Un panneau avertissait de la présence de taureaux sur la route. J’ai ralenti. L’air entrant par la vitre sentait le sel, le gaz des marais et quelque chose d’animal que je n’aurais su identifier, et j’ai ressenti le plaisir particulier d’arriver quelque part qui n’a pas été organisé pour mon bénéfice.

Des flamants roses pataugeant dans les eaux rosées de l'étang de Vaccarès, leurs reflets se doublant dans la surface immobile

L’étang de Vaccarès est le plus grand lac de Camargue et le cœur de la réserve naturelle, et tôt le matin il abrite plus d’oiseaux que je n’en avais vu hors d’un documentaire. Des hérons et des aigrettes dans les roselières des berges, des avocettes fouillant les hauts-fonds, et les flamants — toujours les flamants, d’un rose improbable contre l’eau grise et le ciel gris, se déplaçant avec une lenteur digne qui les fait paraître comme s’ils délibéraient pour savoir s’ils se donneraient la peine. Je me suis garé sur un chemin de terre près de Salin-de-Badon et j’ai marché sur la digue pendant une heure avec des jumelles et un thermos de café, et à un moment un cheval blanc de Camargue a surgi des roseaux à cinquante mètres, m’a regardé d’une expression qui n’était pas tout à fait de la curiosité et pas tout à fait de l’indifférence, et est lentement retourné dans l’herbe.

Le cheval camarguais — trapu, de crème à blanc pur, avec une crinière qui bouge dans le mistral comme quelque chose tiré de la mythologie — est natif du delta et y est présent depuis plus longtemps que les gardians, les cow-boys camarguais qui travaillent encore les troupeaux de taureaux noirs dans les plaines ouvertes. Les taureaux sont l’autre bétail du delta, descendants d’une race qui a à peine changé depuis que les Romains ont noté leur présence. Ce ne sont pas les mêmes animaux que les taureaux de combat espagnols — plus petits, plus rapides, utilisés dans la Course Camarguaise locale où les jeunes gens esquivent plutôt qu’ils ne tuent — et les voir brouter dans les salins ouverts aux côtés des flamants et des chevaux crée un tableau paysager qui semble à la fois préhistorique et profondément français.

Des gardians à cheval conduisant des taureaux noirs de Camargue à travers un salin près des Saintes-Maries-de-la-Mer au crépuscule

Les Saintes-Maries-de-la-Mer, à la pointe sud-ouest de la Camargue, est à la fois ville de pèlerinage, station balnéaire et village de cow-boys — une combinaison qui en théorie ne devrait pas fonctionner et qui en pratique produit quelque chose de genuinement étrange et d’assez merveilleux. En mai elle se remplit de pèlerins Roms venus de toute l’Europe pour vénérer sainte Sara, la patronne du peuple rom, dont la statue est portée de l’église à la mer dans une procession qui tient à la fois de la cérémonie religieuse et du festival. Le reste de l’année, le bourg est plus calme, balayé par le vent, légèrement mélancolique dans le bon sens, avec une plage qui court sur des kilomètres dans les deux directions et une église fortifiée contre les raids sarrasins qui ressemble plus à un château qu’à un lieu de culte.

Quand y aller : Avril et mai sont les mois de pointe pour la migration des oiseaux, quand les étangs sont au plus peuplé et que la lumière printanière est exceptionnelle. Octobre amène la deuxième grande concentration de flamants de l’année. L’été est chaud, plein de moustiques près des marais, et les Saintes-Maries sont bondées. Arriver tôt dans la journée quel que soit le mois — la Camargue à l’aube est un endroit différent de celui de midi.