Golden stone facades and narrow street in the village of Lourmarin, Luberon, Provence
← Provence

Lourmarin

"Il y a des villages qu'on visite. Lourmarin, on y ralentit, tout simplement."

Un village de pierre dorée dans le Luberon, où tours Renaissance, tombe d'un Nobel et marché du vendredi ralentissent toutes les horloges.

Lia et moi sommes arrivés à Lourmarin comme on est censé arriver n’importe où dans le Luberon : trop vite, vitres baissées, totalement pris au dépourvu par la façon dont la lumière change dès qu’on franchit la frontière du Vaucluse. On avait passé toute la matinée à courir après les champs de lavande et on est arrivés en début d’après-midi, garant la voiture hors des remparts parce que les rues sont à peine assez larges pour un vélo, encore moins pour notre véhicule de location, et on est entrés à pied sans trop savoir ce qu’on cherchait. Ce qu’on a trouvé, c’est l’un des Plus Beaux Villages de France qui tient exactement sa promesse — des maisons de pierre penchées les unes contre les autres au-dessus de ruelles si étroites que l’ombre n’y disparaît jamais vraiment, même à quatorze heures en juin.

Le Château de Lourmarin, c’est ce qui vous attire vers la lisière du village, et il le mérite. Construit aux XVe et XVIe siècles, il est considéré comme l’un des premiers châteaux de style Renaissance élevés en Provence, et on sent ce basculement d’époque : ce n’est pas un donjon défensif médiéval, c’est un édifice pensé pour être beau, délibérément, avec un escalier en colimaçon et un plafond sculpté qui a laissé Lia sans voix en pleine phrase. Je me souviens d’être resté dans la cour à essayer de lui expliquer pourquoi cela comptait sur le plan architectural, et d’avoir abandonné à mi-chemin parce que la pierre s’en chargeait mieux que moi.

Golden stone facades and narrow street in the village of Lourmarin, Luberon, Provence

Ce à quoi je ne m’attendais pas, c’est à quel point le cimetière allait me marquer. Albert Camus vivait non loin de là, dans une maison qu’il avait achetée avec l’argent de son prix Nobel, et il repose dans le cimetière du village, à quelques rangées du romancier Henri Bosco — deux écrivains bien différents, sous un soleil qui ne demande la permission à personne. Je ne suis pas un voyageur particulièrement sentimental, mais je me suis assis un moment sur le muret, en pensant à L’Étranger, et à ce que ça faisait d’étrange d’avoir lu Camus dans une salle de classe française à l’adolescence, puis, vingt ans plus tard, de me tenir devant sa tombe, la poussière encore sur mes chaussures.

Golden stone facades and narrow street in the village of Lourmarin, Luberon, Provence

On a terminé la journée de la seule façon raisonnable : un verre de rosé à une table de café orientée juste comme il faut pour attraper les derniers rayons, à regarder les commerçants baisser leurs rideaux. Lourmarin se trouve à la lisière du pays viticole et lavandicole du Luberon, et cette géographie se goûte dans tout — le vin, évidemment, mais aussi le miel et la tapenade qu’une commerçante, déjà en train de plier son étal, nous a pratiquement forcés à essayer. C’est un village fait pour s’attarder, pas pour cocher des cases.

Quand y aller : Privilégiez mai ou juin, quand le climat est doux, le marché du vendredi bat son plein, et que la foule de l’été n’a pas encore trouvé le chemin des collines.