La rivière turquoise du Verdon serpentant entre les parois verticales de calcaire blanc des gorges du Verdon
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Gorges du Verdon

"Je n'avais jamais vu une eau de cette couleur en m'en méfiant autant."

Tout le monde vient en Provence pour la lavande, les marchés et le rosé au déjeuner, et nous aussi. Mais ce qui m’a vraiment coupé le souffle se trouvait à une heure à l’est de tout cela, là où le Verdon passe des millénaires à creuser un canyon de 700 mètres de profondeur dans le calcaire pâle. L’eau au fond est d’un turquoise laiteux irréel — de la farine de roche glaciaire, paraît-il — et la première fois que je me suis penché par-dessus la rambarde du belvédère de la Dame en regardant droit vers le bas, mon estomac a fait quelque chose qu’il n’avait pas fait depuis l’adolescence. C’est, sans exagérer, l’un des grands paysages d’Europe, et la plupart des gens passent à côté.

Rouler le long des corniches

Il y a deux routes, une le long de chaque rive, et elles ne sont ni pour les cœurs fragiles ni pour les freins fatigués. Nous avons emprunté la Route des Crêtes côté nord, une boucle à sens unique avec quatorze belvédères, chacun une petite aire où l’on se gare, marche jusqu’à une rambarde scellée dans la falaise, et tente de ne pas trop penser au vide. Des vautours fauves — réintroduits ici il y a des décennies — tournoyaient sous nous, ce qui vous dit tout sur la profondeur de la rivière.

Lia, plus courageuse que moi face au vide, se penchait à chaque rambarde tandis que je tenais l’arrière de sa veste comme un parent anxieux. La route sud, la Corniche Sublime, offre les vues de carte postale les plus larges et le célèbre pont de l’Artuby, un pont si haut au-dessus des gorges que les gens paient pour en sauter à l’élastique. Nous en avons vu un le faire. J’ai décliné.

Une route en lacets accrochée au bord de la falaise au-dessus du profond canyon calcaire du Verdon

En bas, sur l’eau

L’autre manière de vivre le Verdon, c’est par le fond, là où il cesse d’être une vue pour devenir une véritable aventure. À l’extrémité ouest, la rivière s’ouvre sur le lac artificiel de Sainte-Croix, un vaste lac turquoise où l’on peut louer un petit bateau électrique ou un pédalo et remonter doucement jusqu’à l’embouchure même des gorges, les falaises se dressant à pic de part et d’autre.

Nous avons loué un kayak, ce qui fut une erreur du meilleur genre. L’eau était assez froide pour faire crier Lia, le courant près de l’embouchure du canyon avait des avis sur la direction à prendre, et nous avons passé une heure glorieuse et incompétente à pagayer en rond sous des falaises qui nous donnaient l’impression d’être des grains de poussière. La lumière rebondissant sur l’eau teinte tout le dessous d’un vert d’aquarium. Je me suis rarement senti aussi petit ou aussi heureux.

Le village de Moustiers-Sainte-Marie, accroché aux falaises voisines avec une étoile dorée suspendue à une chaîne entre deux pics, fait la base parfaite — tout en boutiques de faïence et un ruisseau qui le traverse. Nous y avons mangé de la truite, les yeux levés vers cette étoile mystérieuse, et personne n’a su nous répondre clairement sur qui l’accroche ni pourquoi.

Des kayaks sur l'eau turquoise à l'embouchure des gorges du Verdon sous des falaises vertigineuses

En pratique

Venez en juin ou en septembre pour éviter la cohue de juillet-août, quand les routes des corniches deviennent de lentes processions. L’eau est assez chaude pour se baigner dès la fin juin. Emportez de vraies chaussures si vous voulez parcourir le Sentier Blanc-Martel au fond des gorges — c’est une vraie randonnée d’une journée avec tunnels et échelles, pas une promenade. Et faites le plein avant de partir ; là-haut, sur ces corniches, il n’y a que des vautours et des panoramas.