Vast lavender fields in full purple bloom stretching toward the hills near Apt in the Luberon, Provence

Europe

Provence

"Le sud que la France a gardé pour elle, et qu'elle partage à peine."

Je suis arrivé en Provence pour la première fois un matin de début juillet, descendant du train à Avignon dans un air qui sentait déjà le thym et la chaleur. J’avais passé des mois à Paris l’année d’avant, et rien ne m’avait préparé à ce que c’était tellement différent — pas une ville différente, presque un autre pays. La lumière était plus dure, les ombres plus noires, la pierre des vieux murs d’une couleur entre le miel et l’os. En moins d’une heure, j’ai compris pourquoi les peintres ne cessaient d’y revenir et ne finissaient jamais vraiment par partir.

La lavande, c’est réel. Je sais que ça paraît évident, mais la Provence a été tellement reproduite sur des calendriers de cuisine et des publicités de parfums de la Côte d’Azur qu’on s’attend à moitié à être déçu par la réalité. On ne l’est pas. En roulant sur la D900 à travers le Luberon fin juin, les champs entre Apt et Roussillon sont d’un violet si intense qu’ils semblent presque artificiels, les rangées parfaitement parallèles, le parfum si épais qu’il vous atteint à travers une vitre fermée. Je me suis arrêté dans une ferme près de Saignon et j’ai acheté un petit flacon d’huile essentielle à une femme qui avait l’air de se tenir dans cette embrasure depuis à peu près la Seconde Guerre mondiale. L’huile coûtait quatre euros. C’était la meilleure chose que j’aie achetée en trois semaines.

Ce qui continue de me revenir en tête sur la Provence, ce n’est pas les paysages, qui sont évidents, mais la cuisine, bien moins célèbre qu’elle ne le mérite. Pas la grande cuisine des restaurants étoilés de Gordes, mais la cuisine de marché — la socca du Cours Saleya à Nice, la tapenade étalée épaisse sur du pain rustique dans un bar de village à midi, le daube de bœuf à cuisson lente que j’ai mangé dans une auberge du Luberon tenue par la même famille depuis les années soixante. Et le rosé, qui en Provence n’est pas cette chose pâle et autoproclamée qu’on sert dans les restaurants à la mode ailleurs — ici, c’est simplement ce qu’on boit, sans cérémonie, dans une carafe en terre cuite, au déjeuner.

Quand y aller : Fin mai jusqu’en juin, c’est la fenêtre que je défendrais le plus volontiers. La lavande commence à fleurir, la foule reste gérable, et les températures n’ont pas encore franchi le seuil qui vide les villages à midi. Septembre est tout aussi bien — la saison des vendanges, moins de touristes, et la lumière d’après-midi est extraordinaire. Évitez août à tout prix, sauf si vous aimez partager chaque place de village avec des groupes organisés et payer le triple pour une chambre quelconque.

Ce que la plupart des guides ratent : Ils vous font passer par les villages du Luberon — Gordes, Les Baux, Roussillon — et appellent ça la Provence. Ces endroits sont beaux, c’est indéniable, mais ils ont aussi été entièrement polis pour les visiteurs. La Provence qui m’intéresse davantage, c’est celle qui existe entre ces points de passage : les villes de marché d’Apt et de Forcalquier, les petites routes à travers les Alpilles, le tronçon de la vallée du Rhône au nord d’Avignon où il n’y a pas d’hôtels-boutiques et où les cafés ont encore des tables en formica. Cette Provence-là est plus silencieuse, demande plus d’effort à trouver, et c’est celle dont on se souvient vraiment.