Le château en ruine des Baux-de-Provence perché sur sa crête calcaire blanche, les Alpilles s'étalant derrière
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Les Baux-de-Provence

"Les ruines ont plus de personnalité que les palais. Les Baux-de-Provence en est la preuve."

Un village forteresse sur un éperon calcaire dans les Alpilles, à moitié en ruine et d'autant plus saisissant contre le ciel de roche blanche.

Les Alpilles ne ressemblent pas au reste de la Provence. En descendant vers le sud depuis Saint-Rémy, le paysage change sans prévenir — les champs de lavande et les versants couverts de vignes cèdent la place à une chaîne de crêtes calcaires blanches, petites et dentelées et presque nord-africaines dans leur sécheresse, la garrigue entre elles gris-vert et rare. La lumière ici est plus dure, les ombres plus précises. Les Baux apparaissent sur l’éperon le plus élevé de cette chaîne, les tours du château en ruine et le village vivant si étroitement empilés sur le calcaire que de loin ils semblent continus avec la roche elle-même. J’ai tourné dans un virage de la D5 dans la brume du petit matin et l’ensemble flottait au-dessus de la vallée comme quelque chose d’un autre siècle — ce qu’il est, dans la plupart des sens qui comptent.

Les falaises calcaires blanches des Baux-de-Provence surgissant dramatiquement de la garrigue et des oliviers des Alpilles

Le village sous le château est une rue médiévale, large d’une seule voie, bordée de la combinaison prévisible de boutiques d’huile d’olive, de sachets de lavande et de restaurants dont les prix reflètent la vue depuis leurs terrasses. J’ai payé trop cher un verre de rosé local des Baux-de-Provence et je ne le regrette pas. Mais les ruines du château en hauteur sont là où l’endroit se révèle — en gravissant le Château des Baux, ses tours ouvertes au ciel et ses murs qui s’érodent de la façon particulière dont la pierre s’effrite sous la chaleur provençale (pas un effondrement, mais une érosion lente qui laisse les surfaces lisses et alvéolées), les vues s’ouvrent sur la plaine de la Crau au sud, plate et vaste, vers la Camargue et la mer. Par une matinée claire on aperçoit le reflet blanc de la chapelle des Saintes-Maries-de-la-Mer à cinquante kilomètres.

Le Val d’Enfer — la Vallée de l’Enfer — longe le versant nord de la crête des Baux, un étroit ravin de calcaire blanc sculpté en formations que les troubadours médiévaux jugeaient suffisamment infernales. Il abrite aujourd’hui les Carrières de Lumières, une installation audiovisuelle qui projette de l’art à grande échelle — Van Gogh une année, Picasso une autre — sur les murs et le plafond d’une ancienne carrière. Je suis arrivé sceptique et je suis reparti sincèrement ému. C’est l’échelle qui fait l’effet : les projections envahissent simultanément des murs de quarante mètres et le sol, de sorte qu’on marche dans l’image plutôt que de la regarder. Une petite fille de trois ans devant moi essayait d’attraper un tournesol projeté dans ses mains et ne comprenait pas pourquoi il traversait ses doigts.

Les tours en ruine du Château des Baux contre un ciel dur et bleu des Alpilles, la plaine de la Crau visible très en contrebas

Le vin AOC Baux-de-Provence, produit dans la vallée sous le village à partir de grenache, syrah et mourvèdre, est l’un des plus intéressants de Provence — plus charnu et structuré que les rosés pâles de la côte, avec des rouges qui ont une qualité minérale que les sols calcaires semblent leur conférer. Plusieurs domaines juste en dehors du village proposent des dégustations le matin, et la combinaison du paysage des Alpilles et d’un bon verre de rouge à onze heures est plus difficile à refuser qu’il n’y paraît.

Quand y aller : Mars et avril, quand les amandiers des Alpilles sont en fleur et que le village n’est pas encore à pleine capacité touristique. Arriver tôt le matin quelle que soit la saison bat largement l’affluence de midi — à neuf heures le parking est gérable, à onze heures ce n’est plus le cas. Le spectacle des Carrières de Lumières change chaque année ; vérifiez ce qui est proposé avant de planifier votre visite en fonction.