Parc naturel des récifs de Tubbataha
"Quelque part au-delà du bord de la carte, le récif s'efface soudain, et on s'efface avec lui."
Un atoll isolé au cœur de la mer de Sulu, où les parois de corail plongent dans le bleu et les requins passent comme si de rien n'était
Je l’avoue, j’ai réservé ce liveaboard pour Tubbataha en partie par entêtement. À Puerto Princesa, tout le monde répétait à Lia et moi que c’était trop loin, trop cher, la saison trop courte pour que ça vaille la peine — le parc n’ouvre que de la mi-mars à la mi-juin, et même dans cette fenêtre, il faut compter une dizaine d’heures de traversée en pleine mer pour l’atteindre. Mais dès que le bateau a coupé le moteur au lever du jour et que je me suis penché par-dessus bord vers une eau si limpide que je distinguais la paroi du récif trente mètres plus bas, j’ai compris pourquoi tous les plongeurs croisés en Asie du Sud-Est parlaient de cet endroit comme d’une rumeur qu’ils avaient eu la chance de vérifier.
Nous avons passé cinq jours mouillés entre l’atoll Nord et l’atoll Sud, à dormir bercés par le bruit de l’eau contre la coque et à nous réveiller avant l’aube pour la première plongée. Les chiffres m’avaient semblé abstraits avant de mettre un pied dans l’eau — plus de 600 espèces de poissons, 360 espèces de coraux répartis sur les quelque 97 000 hectares du parc — mais sous la surface, ils ont cessé d’être des chiffres pour devenir une sorte de chaos que je n’arrivais pas à absorber assez vite. Le deuxième matin, suspendu à quinze mètres, j’ai regardé un mur de carangues tourner comme un seul organisme, et Lia m’a serré le bras en désignant une tortue imbriquée qui broutait le bord du récif comme si nous n’existions pas.

Mais ce qui m’est resté le plus longtemps, ce ne sont pas les poissons — ce sont les à-pics. Les parois de Tubbataha ne descendent pas en pente, elles plongent, plus de cent mètres droit vers un bleu qui vire au noir, et dériver le long de l’une d’elles, sans rien sous les palmes que ce vide, m’a donné le sentiment le plus fort de petitesse que j’aie jamais ressenti dans l’océan. Entre deux plongées, notre guide nous a montré la petite plateforme de gardes-parc juchée sur pilotis à la lisière de l’atoll, où une poignée de personnes vit des mois durant à surveiller le parc contre les bateaux de pêche illégale. Je lui ai demandé ce que représentait cet isolement, il a simplement ri en disant que le récif était meilleure compagnie que la plupart des gens.

Le dernier après-midi, Lia et moi sommes restés assis sur le pont supérieur du bateau à regarder le soleil descendre vers Jessie Beazley Reef, ce minuscule îlot de sable qui affleure à peine la surface, et aucun de nous deux n’a dit grand-chose. Cela ressemblait moins à la fin d’un voyage qu’à l’impression d’avoir été admis brièvement quelque part, avant qu’on nous prie, poliment, de repartir. Je repense à cette station de gardes-parc plus souvent que je ne l’aurais cru — à la façon dont un lieu aussi vivant a besoin qu’on le surveille toute l’année, rien que pour qu’il reste exactement aussi intact.
Quand y aller : Tubbataha n’ouvre ses portes aux visiteurs que de la mi-mars à la mi-juin, lorsque la mer de Sulu se calme suffisamment pour permettre la longue traversée en liveaboard — en dehors de cette fenêtre, le parc ferme entièrement et les gardes-parc se retrouvent seuls avec le récif.
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