Une mer de brouillard matinal emplissant la vallée de la rivière sous les collines de Miyoshi, Hiroshima
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Miyoshi

"Nous nous sommes tenus au-dessus d'une vallée transformée en océan pendant la nuit, et n'avons rien dit du tout."

Une ville de l'arrière-pays d'Hiroshima où trois rivières se rencontrent et où, à la bonne aube d'automne, une mer de brouillard noie la vallée sous les collines. Elle est aussi devenue, discrètement, un pays de vin, et sa rivière a autrefois abrité mille ans de pêche au cormoran. Nous étions venus pour le brouillard et sommes restés pour tout ce qu'il y avait en dessous.

Quelqu’un dans un bar d’Hiroshima nous a dit que si nous voulions voir une mer au milieu des montagnes, il fallait aller à Miyoshi en automne et se lever plus tôt qu’on ne le souhaiterait. C’était là tout le conseil. Nous avons donc pris un train lent vers l’intérieur des terres, jusqu’au point où les rivières Basen, Saijō et Kanō se tressent ensemble, réglé un réveil à une heure cruelle, et grimpé une colline sombre appelée Takatani, thermos en main et attentes modestes. Ce que nous avons vu à l’aube, je ne l’oublierai pas.

La mer de nuages

Depuis le belvédère de Takatani, quand les conditions s’alignent — une nuit froide et claire après une journée chaude et humide —, toute la vallée de la rivière se remplit de brouillard, et la ville disparaît tout simplement sous un océan blanc ondoyant, les sommets des collines pointant comme des îles. Nous nous sommes tenus au-dessus d’une vallée transformée en océan pendant la nuit, et n’avons rien dit du tout. Une poignée d’autres lève-tôt murmuraient et versaient du café. Lentement, le soleil l’a dissipée, et Miyoshi s’est reconstituée morceau par morceau sous nos yeux — un pont, un toit, une route — comme si la ville était redessinée jusqu’à réapparaître.

Une vaste mer de nuages emplissant la vallée à l'aube, vue depuis le belvédère de Takatani au-dessus de Miyoshi

Du vin là où on l’attend le moins

De retour en bas, en plein jour, Miyoshi nous a de nouveau surpris. Les collines qui font le brouillard font aussi de bons raisins, et la ville possède un vignoble — Tomonoura est plus célèbre, mais ici, c’est le vin qui fait l’histoire — avec une boutique et une salle de dégustation donnant sur les vignes. Nous sommes français, alors j’avoue que nous sommes arrivés sceptiques et repartis corrigés. Les rouges étaient honnêtes, et le cépage local, dégusté frais l’après-midi, s’accordait de façon étonnamment réussie avec le bœuf de la région. Lia a acheté deux bouteilles et les a portées pendant tout le reste du voyage, refusant de les ouvrir avant de se trouver quelque part qui « le méritait ».

Rangées de vignes dans un vignoble en coteau au-dessus de Miyoshi, avec des bouteilles de la salle de dégustation posées sur une table

L’ukai sur la rivière

En été, Miyoshi maintient vivant un art presque disparu du Japon : l’ukai, la pêche au cormoran aux flambeaux, pratiquée sur la rivière Basen depuis plus de quatre siècles. Nous avons manqué la saison de peu, mais le petit musée au bord de l’eau nous a montré les ficelles — les cordes, les oiseaux tenus en laisse, les braseros suspendus à la proue des bateaux. Un vieux pêcheur, là-bas, nous a décrit comment chaque cormoran reconnaît la voix de son propre maître, et je l’ai cru sans réserve. Même hors saison, la rive de la rivière était magnifique au crépuscule, des hérons debout dans les hauts-fonds où les flambeaux brûleraient bientôt, les trois rivières glissant ensemble en une seule.

La rive de la Basen au crépuscule à Miyoshi, avec des bateaux de pêche amarrés là où se pratique la pêche au cormoran

Comment y aller

Miyoshi se trouve dans les collines du nord de la préfecture d’Hiroshima, à environ une heure et demie en autocar depuis la ville d’Hiroshima — le bus est plus rapide et plus fréquent que la ligne ferroviaire sinueuse, c’est donc ainsi que nous y sommes allés. Pour la mer de nuages, il vous faudra une voiture ou un taxi réservé avant l’aube jusqu’au belvédère de Takatani, et le bon temps : les matinées d’automne fraîches et dégagées après une journée douce et humide sont celles qu’il faut guetter. Vérifiez la météo locale, réglez le réveil, et ne vous découragez pas si la première aube échoue — la nôtre a bien failli échouer avant que le brouillard n’arrive.

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