Des maisons marchandes médiévales à colombages bordant une ruelle de pierre dans la vieille ville de Figeac
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Figeac

"Je suis venu à Figeac pour les vieilles maisons et je suis reparti en pensant surtout à un homme qui a lu une langue morte que personne d'autre ne savait lire."

Une cité marchande médiévale sur le Célé et le Lot qui a produit, presque comme un à-côté de son commerce de laine et de cuir, l'homme qui a percé le mystère de la pierre de Rosette.

Figeac n’attire absolument pas l’attention que reçoivent Sarlat ou Rocamadour plus haut dans la vallée de la Dordogne, et c’est à peu près pour ça qu’on a aimé l’endroit. La ville s’est enrichie au Moyen Âge grâce à la laine, au cuir et au tannage, en commerçant en aval sur le Célé et le Lot, et elle n’a jamais eu besoin de se réinventer pour le tourisme comme certains de ses voisins plus photogéniques — la vieille ville est simplement restée une ville qui travaille, ce qui contribue à faire de la balade quelque chose de moins artificiel qu’un décor de cinéma.

Une ville bâtie par des tanneurs, disputée par les érudits

Le centre médiéval est un véritable dédale de ruelles bordées de soleilhos, ces galeries hautes et ouvertes à l’air libre sous des toits pentus où tanneurs et marchands séchaient jadis les peaux et entreposaient les marchandises — un détail assez propre à ce coin de la vallée du Lot pour qu’on le remarque sur presque chaque bâtiment une fois qu’on nous l’a signalé. Nous avons marché sans grand plan pendant presque toute une matinée, passant devant l’Hôtel de la Monnaie et ses arcades romanes ainsi que les anciens hôtels particuliers marchands, avant de nous glisser dans une cour ombragée pour un café et de finir franchement perdus en essayant de retrouver le chemin de la voiture.

Un soleilho, la traditionnelle galerie de séchage sous l'avant-toit d'une maison de tanneur dans le vieux Figeac

L’homme qui a lu la pierre de Rosette

Ce que Figeac a produit de plus célèbre, ce n’est pas du cuir, c’est Jean-François Champollion, né ici en 1790, qui en 1822 devint le premier homme de l’ère moderne à déchiffrer les hiéroglyphes égyptiens grâce à la pierre de Rosette, débloquant une langue que personne n’avait su lire depuis plus de mille ans. Sa maison natale est aujourd’hui un petit musée, et la place devant, Place des Écritures, abrite une saisissante reproduction en granit surdimensionnée de la pierre de Rosette incrustée dans le sol, conçue par l’artiste américain Joseph Kosuth — on peut marcher directement sur les trois écritures, hiéroglyphique, démotique et grecque, que Champollion a recoupées pour percer le code. S’y tenir debout, au milieu d’une paisible place de province, était une façon étrange mais juste de se rappeler que l’une des grandes percées intellectuelles de l’histoire est née dans une petite ville sur le Lot, pas dans une capitale.

La reproduction en granit de la pierre de Rosette incrustée dans le pavage de la Place des Écritures à Figeac

Quand y aller : Fin de printemps ou début d’automne, quand la ville est assez calme pour se laisser porter sans plan précis ; c’est une étape facile d’une demi-journée entre Cahors et Rocamadour, qui récompense les voyageurs qui n’ont pas besoin qu’une boutique de souvenirs accompagne chaque pierre.

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