La ville fortifiée de Castelsardo perchée sur sa colline, avec son château et ses maisons pastel s'élevant au-dessus de la mer sur la côte nord de la Sardaigne
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Castelsardo

"Elle n'a pas levé les yeux des feuilles de palmier posées sur ses genoux, pas une seule fois durant toute la conversation. Ses mains savaient déjà où elles allaient."

Une ville fortifiée perchée sur la côte nord de la Sardaigne, où un château Doria couronne un enchevêtrement de maisons pastel, et où les femmes assises dans les embrasures tissent encore des paniers en palmier nain comme leurs grand-mères avant elles.

Castelsardo s’annonce de loin — un cône de colline sur la côte nord de la Sardaigne couronné d’un château, avec des maisons ocre, rose et jaune passé qui dévalent ses flancs vers la mer. La famille génoise des Doria a bâti la forteresse au XIIe siècle, et la ville qui a poussé, accrochée au rocher en contrebas, a passé les siècles suivants à être cédée de mains génoises en mains aragonaises puis savoyardes, absorbant un peu de chacune sans jamais perdre sa forme essentielle : escarpée, défensive, conçue pour être vue depuis les navires avant même de pouvoir être atteinte par eux.

Les tisseuses de la Via Sedazzari

En parcourant les ruelles étroites sous le château, je croisais sans cesse des portes ouvertes où des femmes tressaient des feuilles de palmier nain en paniers, plateaux et cette large fresa plate utilisée pour tamiser le grain — un artisanat propre à Castelsardo, transmis de génération en génération par les cestinaie de la ville. Une femme, dans les soixante-dix ans peut-être, m’a laissé regarder un moment sans rompre son rythme, ses doigts suivant un motif qu’elle n’avait manifestement plus besoin de penser depuis des décennies. Les pièces finies, teintes de pigments naturels en rouges profonds et en noirs, pendent aux vitrines dans toute la vieille ville, et j’en ai acheté une petite dont je ne sais toujours pas très bien quoi faire, achetée uniquement parce que la regarder se faire ressemblait à assister à quelque chose qui méritait une transaction.

Les mains d'une tisseuse de paniers de Castelsardo travaillant des feuilles de palmier nain dans l'embrasure d'une porte de la vieille ville

Le château et la vue

Le Castello dei Doria, aujourd’hui musée des traditions méditerranéennes de vannerie, se dresse tout en haut, et sa terrasse offre l’un des plus beaux panoramas de la côte nord sarde — le golfe de l’Asinara qui s’incurve vers l’ouest, le profil de la Corse visible par temps clair au nord, des barques de pêcheurs travaillant l’eau juste au pied de la falaise. Je suis resté là-haut jusqu’au coucher du soleil, regardant les lumières de la ville s’allumer étage par étage en contrebas, comme réglées par une chorégraphie.

L’éléphant et la cathédrale

Un court trajet à l’ouest, la Roccia dell’Elefante — un rocher de grès érodé en une tête d’éléphant d’un réalisme saisissant, avec des tombes préhistoriques Domus de Janas creusées à sa base — vaut un détour aussi curieux qu’agréable. De retour en ville, la Cattedrale di Sant’Antonio Abate se dresse tout près de l’eau avec un dôme couvert de majoliques colorées, et j’ai dîné sur une terrasse voisine, des anchois grillés devant moi, la cathédrale illuminée d’or se détachant sur la mer sombre.

Le Castello dei Doria et les maisons pastel en gradins de Castelsardo surplombant la mer au coucher du soleil

Quand y aller : Mai, juin et septembre offrent des journées chaudes sans la cohue de stationnement de la haute saison dans les ruelles étroites de la vieille ville. Venez à l’heure dorée pour la terrasse du château, quelle que soit la saison — c’est la meilleure heure de la ville, sans conteste.