Saint-Denis Reunion
"Chaque culture qui est passée par là a laissé une recette et un temple."
La capitale de La Réunion mêle architecture créole, pâtisserie française et temples tamouls dans un délicieux chaos tropical.
Je suis arrivé à Saint-Denis un mardi matin, et la ville m’a percuté avant même de quitter le taxi. Par la vitre ouverte est arrivée une odeur de vanille et d’huile de friture, et de quelque chose de floral que je n’arrivais pas à identifier — du frangipanier, peut-être, ou de l’ylang-ylang descendant des collines au-dessus de la ville. Le chauffeur avait la radio, du zouk qui jouait doucement, et dehors la Rue de Paris bourdonnait déjà d’une logique que je n’avais pas encore apprise.
Là où les vérandas s’avancent sur la rue
Les vieilles maisons créoles de la Rue Pasteur m’ont arrêté net. Lia et moi avons parcouru ce pâté de maisons trois fois. Ce ne sont pas des bâtiments de carte postale — elles sont habitées, légèrement penchées, peintes dans des combinaisons qui ne devraient pas fonctionner : des volets vert sauge sur un mur terre de sienne, des boiseries sculptées couleur vieille crème. Les lambrequins — ces frises ornementales en bois sous les avant-toits — sont si travaillés qu’ils ressemblent à de la dentelle figée. Chaque maison raconte une histoire différente : qui l’a bâtie, qui l’a réparée, qui a ajouté la rambarde en fer quelque part dans les années soixante-dix.
Derrière la façade du Musée Léon Dierx, le plus vieux musée de beaux-arts de l’hémisphère sud selon toutes les plaques à l’intérieur, nous avons trouvé une cour où des pigeons et un chat endormi s’étaient approprié l’après-midi. Je ne m’attendais pas à m’intéresser à la peinture réunionnaise du XIXe siècle. Je m’y suis intéressé.
Le marché et le temple avant le petit-déjeuner
Le Marché du Chaudron ouvre tôt et va vite. J’ai mangé un rougail saucisse debout à une table pliante à sept heures du matin, arrosé d’un café serré si dense qu’il m’a laissé un cercle sur la langue. Autour de moi, les vendeurs débattaient des prix en créole, en français et en tamoul entremêlés, une langue que je ne pouvais pas déchiffrer mais dont je sentais le rythme.
La surprise est arrivée deux rues plus au nord : le temple tamoul du Colosse sur le Boulevard Doret, sa tour gopuram peinte de couleurs primaires si saturées qu’elles paraissaient numériques sur le ciel tropical. Un homme en dhoti blanc disposait des offrandes de soucis à l’entrée, sans la moindre hâte, pendant qu’un scooter de livraison le frôlait et qu’une boulangerie en face mettait des chaussons aux pommes frais dans la vitrine. Tout en même temps. Sans contradiction nécessaire.
Les croissants français dans cette ville, soit dit en passant, sont sérieux. La Réunion prend son beurre aussi sérieusement que Paris et son piment aussi sérieusement que l’Inde. Les deux vérités coexistent à chaque repas.
Quand y aller : L’hiver austral, de mai à octobre, apporte un temps sec et plus frais, idéal pour se promener dans les rues de la ville et explorer le littoral. Évitez la saison cyclonique entre janvier et mars, quand les pluies abondantes peuvent perturber les déplacements sur toute l’île.