Cirque de Mafate
"Le seul accès se fait à pied. Ce n'est pas un avertissement — c'est tout l'intérêt."
Il existe un silence particulier qui accompagne le fait de se trouver dans un endroit véritablement difficile à atteindre. Pas le calme ostentatoire d’un spa, ni le murmure feutré d’un parc national — quelque chose de plus brut. Je l’ai ressenti à l’instant où le sentier est passé sous le rebord du cirque et où le dernier signal de réseau a vacillé puis disparu quelque part derrière moi.
Le Cirque de Mafate est le seul lieu habité de France sans accès routier. Ce seul fait organise tout ce qui le concerne. Les gens qui vivent dans ses îlets épars — La Nouvelle, Marla, Îlet à Cordes — reçoivent leurs provisions par hélicoptère une fois par semaine. Le reste du temps, ils marchent. Les visiteurs en font autant, ou bien ne viennent pas du tout.
La descente dedans
Je suis entré par le Col des Bœufs, accessible en voiture depuis La Plaine des Cafres. Depuis le parking, le sentier plonge presque aussitôt dans un mur de vert — les cryptomérias cédant la place aux fougères arborescentes, le sol s’assombrissant à mesure que l’on perd de l’altitude. Le chemin est bien entretenu mais franc sur ses exigences. Des racines partout. De la roche mouillée quand les nuages s’invitent, ce qui est fréquent. Je portais des chaussures de trail et glissais quand même dans les lacets avant que La Nouvelle n’apparaisse, étonnamment nette sur son plateau, ses gîtes, son église et une petite boutique vendant de la Dodo fraîche à des prix qui reflètent le fret par hélicoptère.
La Nouvelle est la capitale de fait du cirque — peut-être 200 résidents permanents, un centre d’accueil et un boulodrome qui voit du sérieux le dimanche après-midi. J’ai acheté une bouteille d’eau, me suis assis sur un muret de béton et ai regardé deux hommes se disputer un point. Certaines choses transcendent la géographie.
Les îlets et les sentiers qui les relient
La vraie texture de Mafate vient du fait de passer d’un îlet à l’autre plutôt que de rester dans un seul. J’ai passé deux nuits — une à La Nouvelle, une à Marla — et marché un circuit qui prenait à la fois les hautes crêtes et le fond de vallée, le long de la Rivière des Galets. En fin d’après-midi, la lumière fait quelque chose de remarquable aux falaises de basalte : elles virent à l’ambre, puis brièvement au rouge, avant que les nuages ne reviennent et que tout redevienne gris-vert. Je n’arrêtais pas de m’arrêter alors que j’aurais dû marcher.
Marla est plus en altitude et semble plus reculé, ce qui n’est pas peu dire. Le gîte y fonctionne à l’énergie solaire et à l’eau de pluie. Le dîner était un curry — rougail saucisse, achards de légumes, riz — servi à une table commune avec un couple allemand qui faisait le GRR2 intégral et une famille réunionnaise fêtant un anniversaire. Le vin était bon marché et la conversation, bonne.
Ce que l’on remporte
Il y a un cliché sur la nature qui vous remettrait à zéro. Je m’en méfie, surtout parce qu’on le sert dans des endroits à carte de soins et serviettes en bambou. Mafate mérite cette affirmation autrement — par un effort réel et une déconnexion réelle. Au bout de deux jours, je me suis surpris à écouter différemment : la direction du vent, la qualité de la lumière, le bruit de l’eau avant de la voir.
La marche de sortie est plus facile psychologiquement, plus dure physiquement. Reprendre de l’altitude au terme d’une randonnée de plusieurs jours est un exercice d’entêtement en soi. J’ai regagné le parking en début d’après-midi et suis resté longtemps assis avant de tourner la clé.
Quand y aller : de mai à novembre, c’est la saison sèche, bien plus fiable pour l’état des sentiers. De décembre à mars, on a le risque cyclonique, de fortes pluies et des fermetures de sentiers — Mafate inonde sérieusement et les disponibilités en gîte se réduisent. Juin et juillet sont idéaux : nuits fraîches, matins clairs, et la meilleure visibilité sur les crêtes de toute l’année.