Chaque île que j’ai visitée a une ville que les habitants préfèrent à la capitale officielle. À La Réunion, cette ville est Saint-Pierre. Saint-Denis, le centre administratif du nord, est parfaitement bien — efficacité française, larges boulevards, l’architecture coloniale d’une ville qui se prend au sérieux. Mais Saint-Pierre, deux heures au sud par la route côtière, fonctionne autrement. Elle est plus bruyante la nuit, plus détendue le jour, et la cuisine y est meilleure d’une manière qui compte.
La ville a grandi autour de son port, qui fonctionne toujours comme port de commerce aux côtés d’une marina pleine de bateaux de pêche au gros. Le vieux marché couvert se trouve en bordure du centre, une structure métallique du dix-neuvième siècle dont l’odeur de curcuma et de piment séché vous atteint avant que vous n’arriviez. Le samedi matin, le marché déborde de ses limites dans les rues alentour : piles de gousses de vanille, sachets de curcuma, papayes vertes attendant de devenir des achards, des femmes vendant du rougail bringelle depuis des thermos qu’elles transportent sur roulettes.
Le marché du samedi
J’ai fréquenté des marchés sur tous les continents et celui de Saint-Pierre est parmi les plus utiles que j’aie rencontrés — utile étant la qualité que je valorise le plus dans un marché, par opposition à pittoresque. Les gens ici font leurs courses pour la semaine. Ils savent exactement ce qu’ils veulent et combien ils paieront. J’ai suivi une femme portant un panier tressé à la main à travers les trois quarts du marché avant de réaliser que j’apprenais davantage à la regarder négocier que dans n’importe quel guide.
J’ai acheté : un petit pot de curcuma, un bouquet de feuilles de combava, deux fruits de la passion qui avaient besoin d’un jour de plus et un bloc de sucre de canne emballé dans du papier journal. Tout ce que je ne pouvais pas facilement transporter pendant le reste de mon voyage, je l’ai mangé sur-le-champ. Les samossas frits au bord du marché, d’un homme manœuvrant une friteuse portable sous un parasol vert, étaient à cinq pour deux euros et engloutis avant que j’atteigne le port.
Le front de mer la nuit
Le boulevard Hubert-Delisle de Saint-Pierre longe le front de mer et se transforme le soir en quelque chose entre une promenade et une fête. Les voitures roulent au pas. Les gens marchent un moment dans la même direction, puis font demi-tour. Les bars ouvrent tôt et les roulottes s’installent dès six heures. Il y a de la musique d’au moins deux directions, généralement quelque chose avec une ligne de basse — le maloya réunionnais, qui a le poids des rythmes africains et la texture de l’air de l’océan Indien, ou du reggae commercial venu d’où qu’il ait commencé à déteindre sur tout le reste.
Je me suis assis à la terrasse d’un bar avec une Dodo bien fraîche et j’ai regardé le ciel passer de l’orange au violet au-dessus de l’océan Indien plus longtemps que strictement nécessaire. Personne ne semblait pressé. J’ai épousé le rythme.
Excursions au sud
Saint-Pierre est la base naturelle pour explorer la côte sud sauvage de La Réunion, qui reçoit nettement moins de tourisme que les plages de la côte ouest et nettement plus de vent. La route vers Manapany-les-Bains passe devant des plages de sable noir et des bassins rocheux. Plus à l’est, la côte à Langevin plonge dans une gorge profonde où la cascade de Langevin se termine en un bassin naturel devenu assez populaire pour exiger des billets d’entrée horodatés le week-end.
J’y suis allé un mardi. Le bassin était froid et vert profond et il y avait peut-être quinze personnes. Nous avons nagé sous la cascade une demi-heure puis séché sur une roche plate au soleil. Sur le chemin du retour, je me suis arrêté pour un cari de bord de route à une camionnette garée sur un dégagement, mangeant debout à une table pliante avec vue sur l’océan. Le curry était aux lentilles et au poisson fumé. Pas de menu, une seule option, servi dans une barquette en mousse. C’était excellent.
Quand y aller : Saint-Pierre est animée toute l’année, mais de mai à octobre vous bénéficiez de la météo la plus fiable et du marché du samedi le plus actif. Août voit quelques festivals qui valent qu’on cale une visite dessus — la Fête du Safran et divers événements musicaux liés à la tradition maloya de l’île. Évitez février, quand les pluies de la saison cyclonique peuvent inonder les rues basses autour du port.