Un surfeur sur une longue vague de droite au point break de Saint-Leu, le littoral volcanique et les collines verdoyantes visibles derrière, l'océan Indien scintillant dans le soleil de fin d'après-midi
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Saint-Leu

"La vague déroule de gauche à droite et les baleines vont où bon leur semble."

Saint-Leu se trouve sur une portion de la côte ouest de La Réunion où les falaises volcaniques s’adoucissent en une petite baie et où l’océan fait quelque chose d’inhabituel : il reste, dans certaines conditions, assez calme pour que les baleines à bosse s’approchent du rivage. Je l’ignorais avant d’arriver. Je l’ai découvert en voyant deux touristes sur la promenade en haut des falaises pointer leurs jumelles vers un coin d’eau identique à tous les autres coins d’eau, avant que l’un d’eux ne pousse un son habituellement réservé à des altitudes bien plus élevées.

Le souffle était sans équivoque une fois que j’ai su ce que je regardais — l’expiration en colonne, puis l’arc gris-noir d’un aileron dorsal accrochant la lumière de l’après-midi. Deux baleines, peut-être à deux cents mètres. J’ai regardé pendant vingt minutes et j’ai sauté le déjeuner.

Le spot de surf

Le point break de Saint-Leu est l’une des raisons pour lesquelles le surf professionnel est venu à La Réunion. La vague est une longue droite — longue, au sens du surf, signifie qu’on peut y rester plusieurs secondes avant qu’elle ne ferme — et elle fonctionne mieux par houle de sud avec un vent venant de l’est. Ces jours-là, le line-up se remplit de gens qui savent ce qu’ils font. Le reste du temps, elle reste abordable pour les intermédiaires, ce qui me décrivait assez justement.

J’ai loué une planche dans une boutique de la route principale et je suis parti à la rame un matin où la houle était petite mais propre. L’eau ici est chaude — autour de 25 degrés en été austral — et le récif plonge à pic, si bien que la vague casse de façon franche plutôt que de mollir sur le sable. J’ai pris quatre vagues et je suis tombé sur trois d’entre elles. La quatrième, je l’ai surfée assez longtemps pour vraiment virer dessus, ce qui m’a procuré une satisfaction démesurée.

La saison des baleines

Entre juillet et octobre, les baleines à bosse viennent de l’Antarctique vers les eaux plus chaudes autour de La Réunion et de Madagascar pour mettre bas et allaiter leurs baleineaux. Saint-Leu se trouve justement sur l’une de leurs routes côtières favorites. On peut les observer depuis la promenade des falaises ou prendre un bateau d’observation depuis le petit port — cette dernière option vous rapproche nettement, même si les opérateurs ici respectent sérieusement les distances réglementaires, ce qui est la bonne chose à faire.

Je suis sorti sur un zodiac avec huit autres personnes et un guide nommé Yannick qui faisait ça depuis douze ans. En moins de trente minutes nous avions deux femelles avec leurs baleineaux. Le son qu’elles font à courte portée — l’expiration, comme quelque chose d’énorme relâchant un souffle longtemps retenu — n’est pas quelque chose que je sais bien décrire. Lia a dit que ça lui faisait ressentir la taille qu’elle a réellement, ce qui m’a paru aussi précis que le langage peut l’être.

La promenade des falaises et la ville en contrebas

Saint-Leu est une ville qui travaille plutôt qu’une station, et c’est pour ça que je l’ai aimée. Il y a une place d’église, un marché du mardi qui vend des légumes locaux, quelques bars-restaurants où le menu est écrit à la craie. La promenade en haut des falaises court vers le nord depuis le centre et offre le meilleur point d’observation des baleines de l’île — un chemin pavé avec des bancs disposés aux belvédères, prisé des gens de tous âges pour leurs marches du soir.

En contrebas des falaises, le littoral alterne entre petites plages de sable noir et plateformes rocheuses où l’on pêche à la ligne à main en fin d’après-midi. Je me suis assis sur l’une de ces plateformes une heure, un soir, à regarder un homme ne rien attraper de particulier avec une expression de contentement total. Le soleil est entré dans l’océan. Le ciel est devenu rose. L’homme a remonté sa ligne et est rentré chez lui. Je l’ai suivi à distance respectueuse.

Quand y aller : Pour l’observation des baleines, de juillet à octobre, c’est non négociable — elles ne sont tout simplement pas là le reste du temps. Pour le surf, la houle de sud est la plus régulière de mai à septembre. La ville elle-même mérite une visite toute l’année, mais la saison sèche de la côte ouest (avril-novembre) rend chaque journée plus fiable. Décembre et janvier apportent une chaleur humide et des alertes cycloniques occasionnelles.