Aerial view of Piton de la Fournaise's summit crater with hardened black lava fields stretching across the Enclos Fouqué caldera and the Indian Ocean visible on the horizon
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Piton de la Fournaise

"Le volcan entre en éruption parce qu'il n'a pas fini de construire l'île."

L'un des volcans les plus actifs au monde — montez jusqu'au bord du cratère et regardez l'île encore en train de naître.

Nous avons quitté Bourg-Murat avant l’aube, le thermomètre de la voiture affichant onze degrés — ce qui, sur une île tropicale, avait quelque chose d’une provocation. Lia avait quand même la vitre entrouverte. La Route du Volcan grimpe à travers une forêt argentée, puis dépasse complètement la limite des arbres pour vous déposer au parking du Pas de Bellecombe-Jacob alors qu’il fait encore assez sombre pour voir Orion incliné à un angle inhabituel au-dessus du bord de la caldera. Je suis resté là avec un mauvais café sorti d’un thermos et j’ai ressenti, pour la première fois depuis longtemps, une petitesse qui m’allait bien.

L’Enclos Fouqué

La descente dans la caldera de l’Enclos Fouqué est la marche la plus étrange que j’aie jamais faite. Depuis le belvédère, on descend cinq cents marches creusées dans la paroi rocheuse, et soudain on se retrouve sur le plancher de la caldera — une vaste plaine de lave durcie qui s’étend sur plusieurs kilomètres, grise comme une lune dans la lumière du matin, parsemée de cordages de lave et de bourrelets de pression, avec de rares cairns pour baliser le sentier. La roche sous les pieds sonne creux quand on pose le pied de travers. Rien ne pousse. Le vent charrie du soufre par petites doses acérées.

Le sentier vers le cratère sommital — le Cratère Dolomieu — traverse ce plancher pendant environ deux heures, montant régulièrement sur d’anciens champs d’éruption où la lave s’est oxydée en roux et en rouilles. Je m’arrêtais sans cesse pour regarder derrière moi les parois de la caldera, la façon dont les nuages glissaient le long du rebord sans jamais tomber à l’intérieur. Le ciel à l’intérieur de l’Enclos est toujours différent du ciel du dehors. C’est sa propre atmosphère.

Ce que le cratère fait entendre

Je n’avais pas anticipé le son. J’attendais le spectacle visuel — l’abîme béant, l’échelle — mais pas le bourdonnement grave, infrasonore, que j’ai senti dans le sternum avant d’en prendre conscience par l’oreille. Debout au bord du Cratère Dolomieu, qui mesure environ un kilomètre de diamètre et plonge sur deux cents mètres, il y a une vibration persistante. Du gaz qui s’échappe des fumerolles le long des parois intérieures. Le volcan qui respire.

Le bord du cratère a été la vraie surprise. Je me l’étais imaginé brut et instable, un endroit qu’on approche prudemment et qu’on quitte vite. Au lieu de ça, Lia et moi nous sommes assis sur de la lave solidifiée au bord pendant presque une heure. Le vent a tourné, et pendant quelques minutes le soufre était si piquant qu’il brûlait les yeux. Puis ça se dégageait, et la profondeur du puits revenait nette, et aucun de nous ne disait grand-chose.

Après la descente

Le temps de remonter de l’Enclos et d’atteindre le Gîte du Volcan sur le plateau, les nuages de l’après-midi étaient arrivés — comportement standard à La Réunion. Nous avons mangé un rougail saucisse à la cuisine du gîte : des saucisses fumées dans une sauce tomate concentrée avec un piment qui s’installait au fond de la gorge et ne partait plus. J’en ai repris une portion. La randonnée l’autorise.

La route de retour vers la côte dégringole de deux mille mètres en quarante kilomètres, traversant la bruyère arborescente, les forêts de cryptomérias et les brumes thermales de la Plaine des Cafres avant que l’île redevienne tropicale, que la canne à sucre reprenne ses droits et qu’on sente l’océan. Il m’a fallu toute la descente pour que mes jambes se rappellent ce qu’était le terrain plat.

Quand y aller : De mai à novembre, pendant la saison sèche de La Réunion, la visibilité au sommet est la plus fiable. Le volcan entre en éruption de façon irrégulière — consultez le site de l’Observatoire Volcanologique du Piton de la Fournaise avant de planifier la randonnée dans la caldera, l’accès étant fermé pendant les éruptions actives.