Le village de Grand Bassin niché au fond d'un ravin verdoyant sous le Cirque de Cilaos
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Grand Bassin

"Certains endroits ne se visitent pas, ils se méritent — à Grand Bassin, j'ai compté chaque marche."

Un village niché au fond d'un ravin, accessible pendant des siècles uniquement à pied, où les descendants d'esclaves marrons ont bâti une vie au creux des montagnes.

C’est Lia qui a repéré Grand Bassin sur une carte en premier, un petit amas de toits tout au fond de ce qui ressemblait à une fissure dans la terre, sans la moindre route qui y touche. Je me souviens avoir pensé qu’il devait s’agir d’une erreur, qu’une fine ligne grise finirait bien par le relier au reste de La Réunion. Il n’en est rien. Aujourd’hui encore, on ne peut y accéder qu’à pied, par un sentier de plus de mille marches taillées à flanc de falaise, ou par le téléphérique inauguré en 2018. Nous avons choisi les marches, parce que je voulais sentir dans mes jambes ce qu’avaient dû ressentir des générations de marrons, ces esclaves en fuite qui se sont installés ici pour disparaître du monde d’en haut.

La descente nous a pris près de deux heures, lacet après lacet, la chaleur montant à mesure que nous descendions, tandis que les parois du cirque se resserraient au-dessus de nos têtes. Je m’arrêtais sans cesse pour reprendre mon souffle, me disant que c’était pour admirer le paysage, mais Lia n’était pas dupe et riait de moi à chaque fois. Quand nous avons enfin atteint le fond du village, mes genoux tremblaient, et j’ai compris quelque chose que les guides n’avaient jamais vraiment su me transmettre : cet isolement n’était pas un simple décor, il en était tout l’enjeu. C’est lui qui a permis à des gens d’y bâtir une vie cachée, hors de portée de quiconque aurait pu venir les chercher.

The stone steps of the trail leading down into Grand Bassin ravine

Nous avons passé la nuit dans un petit gîte tenu par une famille dont le grand-père, nous ont-ils raconté pendant le dîner, se faisait autrefois livrer par hélicoptère, faute d’un autre moyen de descendre quoi que ce soit de lourd jusque-là. Ce détail m’est resté en tête plus que presque tout le reste du voyage. Imaginez bâtir un foyer dans un endroit si reculé que, des décennies plus tard, un largage par hélicoptère reste un mardi ordinaire. Le téléphérique a changé une partie de cela, et j’avoue qu’une part de moi a été soulagée de le prendre pour remonter plutôt que d’affronter de nouveau ces plus de mille marches avec les jambes lourdes, en glissant en silence au-dessus du ravin où nous venions de passer une journée entière.

View from the Grand Bassin cable car gliding above the deep green cirque

Ce qui m’est resté le plus longtemps, ce n’est ni le sentier ni même le téléphérique, mais ce moment debout au fond du ravin à la tombée du jour, les yeux levés vers la crête du cirque, à comprendre pourquoi cet endroit précis, entre tous ceux de l’île, était devenu un refuge. Grand Bassin n’a rien de spectaculaire comme peuvent l’être une cascade ou un sommet. C’est un lieu discret, presque retiré, et ce retrait constitue à lui seul toute son histoire.

Quand y aller : Privilégiez les mois secs et plus frais, entre mai et octobre, quand les marches de pierre du sentier sont bien moins traîtresses sous les pieds — la descente, aussi éprouvante soit-elle, n’en sera au moins pas glissante.