Une rangée de maisons coloniales créoles ornées de lambrequins ajourés et de profondes vérandas bordant une rue tranquille de Hell-Bourg, à La Réunion
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Hell-Bourg

"Quelque part entre une ville thermale et un décor de cinéma, mais la lumière, elle, est bien réelle."

Hell-Bourg offre l’une des plus belles inversions entre le nom et la réalité que j’aie croisées en voyage. Le village doit son nom à l’amiral de Hell, l’un des premiers gouverneurs de La Réunion, et il se niche au creux du Cirque de Salazie — une caldeira volcanique cernée de cascades et de pics drapés de nuages. Le nom évoque quelque chose de punitif. La réalité est tout l’inverse : un village si soigneusement préservé et si précisément ravissant que je n’arrêtais pas de vérifier si je n’avais pas mal lu les panneaux.

Il a été classé « Plus Beau Village de France » il y a quelques années, et pour une fois la distinction tient la route. Les maisons créoles ont ici survécu intactes — ossature en bois, peintes en moutarde, en cobalt et en vert profond, avec des lambrequins ajourés le long des avant-toits qui ressemblent, de loin, à de la dentelle découpée. La plupart ont été restaurées. Quelques-unes demeurent dans leur état d’origine de délabrement romantique, le bougainvillier grimpant le long des volets.

L’histoire thermale

Hell-Bourg était une ville thermale au dix-neuvième siècle — les sources chaudes attiraient les riches colons de Saint-Denis venus pour les eaux sulfureuses et l’air frais de l’altitude. Les bains thermaux ont été détruits par un glissement de terrain en 1948 et jamais reconstruits. Ce qui reste, c’est l’architecture : de grandes villas aux profondes vérandas, le genre de maisons bâties pour les longs après-midis et les repas sans hâte. Aujourd’hui la plupart sont des gîtes ou des résidences privées, et l’économie du village vit du passage des randonneurs qui circulent d’un cirque à l’autre.

J’ai trouvé les ruines de l’ancien établissement thermal au cours d’une courte promenade à l’est de la place principale — des murets envahis par la végétation, le tracé des bassins encore visible sous les plantes, quelques panneaux explicatifs. Cela a la mélancolie des lieux qui furent jadis très importants et qui, tout simplement, ont cessé de l’être. J’ai apprécié que personne n’en ait fait une boutique de souvenirs.

En marchant vers le cirque

Les sentiers qui partent de Hell-Bourg sont ce qui justifie la place du village dans un itinéraire. Le chemin de l’Îlet à Vidot franchit une passerelle suspendue au-dessus de la Rivière du Mât et grimpe au cœur du cirque — des fougères arborescentes de la taille de palmiers, des gingembres en fleurs, le bruit de l’eau qui vient de trois directions à la fois. Lia et moi avons fait ce sentier notre deuxième matin, en partant assez tôt pour devancer les nuages qui descendent des sommets vers midi. Les vues étaient invraisemblablement belles : tout le bol de Salazie déployé en contrebas, la cascade du Voile de la Mariée se faufilant le long de la falaise opposée.

Nous avons déjeuné dans une table d’hôtes de retour au village — une femme nommée Josiane qui nous a servi un cari poulet avec du chatini mangue et un riz cuit avec une feuille de pandanus. J’ai posé la question de la feuille. Elle m’a dit que sa grand-mère faisait toujours comme ça. Je n’avais pas besoin d’autre raison.

La lumière du soir

Hell-Bourg se situe vers 1 000 mètres d’altitude. Les soirées sont assez fraîches pour une veste, même en été, et la lumière d’avant la nuit a la qualité d’un lieu bien plus au nord — basse, dorée, faisant rougeoyer le bois peint des maisons créoles. J’ai arpenté la rue principale deux fois à cette heure-là, juste pour assister au phénomène.

Le village n’a aucune vie nocturne au sens conventionnel du terme. Il y a deux restaurants, quelques petites boutiques et une boulangerie qui ouvre tôt. Dès neuf heures du soir, les rues sont silencieuses et la brume est généralement de retour. J’ai bien dormi chaque nuit.

Quand y aller : D’avril à octobre, on profite de la meilleure météo à Salazie — matins secs, nuages gérables et cascades au bon débit sans être dangereusement hautes. Évitez janvier et février, quand les fortes pluies rendent les routes du cirque traîtresses et que certains sentiers ferment. Septembre est particulièrement agréable : frais, dégagé et sans foule.