La structure à voûtes multiples et contreforts du barrage Daniel-Johnson à Manic-5, enjambant le réservoir de la rivière Manicouagan
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Manic-5 (barrage Daniel-Johnson)

"Manic-5, c'est ce qui arrive quand le Québec décide de faire une démonstration sur l'hydroélectricité, et la démonstration est : énorme, un peu terrifiante, et sincèrement magnifique."

Le plus grand barrage à voûtes multiples et contreforts au monde, dressé seul dans la forêt boréale à des centaines de kilomètres de tout — un monument d'ingénierie qui a des allures de cathédrale.

Se rendre à Manic-5 constitue l’essentiel de l’expérience. Depuis Baie-Comeau sur la Côte-Nord, la route 389 file 214 kilomètres vers le nord, dans une forêt boréale de plus en plus vide, passant devant des épinettes noires et un panneau occasionnel de traversée d’orignaux qui finit par sembler moins décoratif que réellement dissuasif à mesure qu’on avance. Il n’y a pas de signal de téléphone sur de longs tronçons, et la route elle-même a une réputation de rudesse telle que certains contrats de location de voiture l’excluent parfois — nous avons vérifié deux fois avant de nous engager. Puis, sans grand avertissement, la forêt s’ouvre sur le réservoir Manicouagan et le barrage Daniel-Johnson apparaît : 214 mètres de large, 1 314 mètres de long, quatorze contreforts de béton arqués entre eux dans une forme qui évoque bien davantage l’architecture que l’infrastructure. C’est, encore aujourd’hui, le plus grand barrage à voûtes multiples et contreforts au monde, achevé en 1968 comme pièce maîtresse de la formidable poussée d’Hydro-Québec vers l’hydroélectricité nordique.

La largeur totale du barrage Daniel-Johnson à Manic-5, ses multiples arches de béton enjambant le réservoir Manicouagan

Hydro-Québec organise des visites guidées gratuites à l’intérieur même du barrage, et nous en avons fait une, descendant par des corridors creusés dans la structure jusqu’à la base des arches, debout à un endroit où l’échelle pure du béton coulé au-dessus et autour de nous rendait la conversation superflue. Notre guide, ingénieur de formation, nous a présenté les chiffres avec la patience de quelqu’un qui a donné cette visite des centaines de fois et la trouve encore sincèrement remarquable — le volume de béton utilisé ici, nous a-t-il dit, permettrait de construire une autoroute à deux voies de Montréal jusque bien au-delà de Vancouver. Lia, qui étudie les structures pour gagner sa vie, quoique à bien plus petite échelle, n’a cessé de poser des questions de suivi sur les calculs de charge que le guide appréciait manifestement ; la plupart des visiteurs veulent seulement la photo.

Le réservoir Manicouagan lui-même est le vestige inondé d’un ancien cratère d’impact, l’un des plus grands confirmés sur Terre, visible depuis l’espace sous forme d’un anneau presque parfait — on ne peut pas en voir la forme complète depuis le sol, mais savoir qu’il est là en se tenant au bord de l’eau donne à cet endroit déjà étrange une charge singulière. La ville la plus proche, Manic-Cinq, n’existe que pour desservir le barrage ; il y a un petit hôtel pour les visiteurs et le personnel, et au-delà, rien que la forêt et le réservoir dans toutes les directions.

Le réservoir Manicouagan s'étirant vers l'horizon depuis un point de vue près du barrage, forêt boréale le long du rivage

Quand y aller : De juin à septembre, quand la route 389 est le plus fiablement praticable et que le centre d’accueil offre des visites régulières. Faites le plein à Baie-Comeau avant de partir — les services le long de la route sont minimes, et la conduite seule prend une bonne partie de la journée dans chaque sens.