Les ruines de pierre de l'ancienne usine de pâte à papier de La Pulperie de Chicoutimi s'élevant au-dessus de la rivière Chicoutimi
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La Pulperie de Chicoutimi

"Une usine de pâte à papier a rendu cette ville riche pendant un siècle, et ses ruines sont restées exactement là où la richesse s'est créée — un musée qu'on traverse plutôt qu'on ne contourne."

L'usine de pâte à papier en ruine au bord du Saguenay qui a jadis fait de Chicoutimi la capitale mondiale du papier — aujourd'hui un complexe muséal abritant la maison, déplacée après une inondation, d'un peintre régional.

C’est l’ampleur des ruines qui vous arrête en premier. La Pulperie de Chicoutimi était, à son apogée au début du XXe siècle, le plus grand producteur de pâte à papier au monde, transformant le bois flotté descendu du bassin versant du Saguenay en pâte de bois qui alimentait des papeteries à travers l’Amérique du Nord et l’Europe, et les carcasses de pierre de ses bâtiments de transformation se dressent encore le long de la rivière Chicoutimi, en plein cœur de la ville — sans toit par endroits, des murs épais d’un mètre vingt, des fenêtres qui donnaient jadis sur une exploitation employant des milliers de personnes. J’ai parcouru les ruines sur un sentier autoguidé qui serpente entre les vieux bâtiments et la rivière, dont l’eau court encore rapidement en dessous, et il était facile d’imaginer le bruit et la chaleur que cet endroit aurait générés à pleine production, avant que l’industrie ne s’effondre ici dans les années 1920, à peu près à l’époque où Val-Jalbert fermait ses portes, une heure plus au nord.

Le complexe muséal construit autour des ruines est plus ambitieux que ne le laisserait supposer la seule histoire industrielle. En 1996, la région du Saguenay a subi une inondation catastrophique — le Déluge du Saguenay, encore constamment évoqué par les habitants comme un traumatisme régional fondateur — qui a détruit des centaines de maisons le long de la rivière. Une maison, appartenant à la famille du peintre Arthur Villeneuve, a été déplacée sur le terrain de la Pulperie pour être préservée : Villeneuve, barbier de métier qui s’est mis à la peinture plus tard dans sa vie et a couvert chaque surface intérieure et extérieure de sa propre maison de scènes vives et minutieusement détaillées de l’histoire du Québec et de la vie au Saguenay, est aujourd’hui considéré comme l’un des artistes naïfs les plus importants du Québec, et traverser ses pièces peintes après l’austérité industrielle des ruines de l’usine est un véritable changement de registre.

Les ruines de pierre des bâtiments de l'usine de pâte à papier à La Pulperie de Chicoutimi, le long de la rivière Chicoutimi

Le site abrite aussi un musée d’histoire régionale qui couvre l’histoire plus large du peuplement du Saguenay–Lac-Saint-Jean — l’économie forestière, l’inondation, le rapport particulier de la région à un fleuve qui l’a à la fois bâtie et périodiquement dévastée — et cette combinaison de ruine industrielle, de maison d’art naïf et de musée régional donne à Chicoutimi une profondeur facile à sous-estimer si l’on ne fait qu’y passer en route vers les secteurs plus pittoresques du fjord.

L'intérieur de la maison d'Arthur Villeneuve, chaque mur couvert de peintures naïves denses et colorées retraçant l'histoire du Québec

Chicoutimi elle-même, aujourd’hui fusionnée dans la ville plus vaste de Saguenay, se trouve à la tête de la navigation sur le fjord — le point où les navires océaniques faisaient historiquement demi-tour — et le sentier riverain qui descend de la Pulperie vers le port donne une bonne idée de l’organisation de la ville, entièrement bâtie autour de l’industrie que ces ruines commémorent.

Quand y aller : De mai à octobre pour un accès complet aux ruines extérieures et à la maison Villeneuve. Fin juin pour la commémoration du Déluge du Saguenay, qui ajoute une programmation spéciale et donne un contexte utile sur le rapport de la région à son fleuve.