Les bâtiments victoriens de l'hôpital de quarantaine sur la Grosse Île entourés du Saint-Laurent gris par un matin couvert
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Grosse Île

"La Grosse Île n'est pas une destination joyeuse. Mais il y a une différence entre joyeux et important — et elle compte."

L'île de quarantaine dans le Saint-Laurent où 5 000 immigrants irlandais sont enterrés — hantée discrètement, comme l'histoire a tendance à l'être.

On ne peut atteindre la Grosse Île qu’en bateau, ce qui est approprié. L’île est au milieu du Saint-Laurent à environ 50 kilomètres en aval de Québec, et ce fut le premier point de contact des immigrants arrivant au Canada de 1832 à 1937 — l’Ellis Island du Nord, sauf que pour des milliers d’entre eux, l’île fut aussi le dernier contact. J’ai pris le traversier de Parcs Canada depuis Berthier-sur-Mer par un matin gris de début octobre, le fleuve métallique et froid, l’île apparaissant basse sur l’eau avant de révéler ses bâtiments hospitaliers victoriens et son flanc de croix celtiques. J’étais la seule personne sur le bateau à ne pas être dans un groupe, ce qui me rendait conscient de moi-même d’une façon qui semblait appropriée à la destination.

La Croix celtique commémorative et les sépultures irlandaises sur la Grosse Île avec le Saint-Laurent gris et large derrière, l'inscription en irlandais à peine visible

L’histoire de l’île est en couches, et l’interprétation de Parcs Canada rend justice à sa complexité. C’était une station de quarantaine construite après l’épidémie de choléra de 1832, conçue pour dépister les immigrants avant leur entrée dans le pays. En 1847, la famine irlandaise envoya 100 000 émigrants à travers l’Atlantique, beaucoup d’entre eux déjà mourants sur les bateaux. L’île fut débordée. Cinq mille immigrants irlandais furent enterrés sur la Grosse Île cet été-là dans des fosses communes qui furent marquées — finalement, des décennies plus tard — par la Croix celtique sur le flanc de l’île. L’inscription en irlandais dit : « Les enfants des Gaëls sont morts par milliers sur cette île ayant fui les lois des tyrans étrangers et une famine artificielle dans les années 1847-48. Que Dieu les bénisse. Que Dieu sauve l’Irlande. » Debout devant elle en octobre, avec le fleuve gris et immense dans toutes les directions, j’ai ressenti le poids sans me sentir manipulé — ce qui est la réussite d’une histoire véritablement bien gardée.

L’île est plus grande qu’on ne le pense et contient des multitudes : le secteur de Première Classe avec ses petits cottages victoriens ordonnés, où les immigrants plus aisés étaient traités rapidement ; le secteur de Troisième Classe, où les plus pauvres étaient retenus dans les grands hangars ; les bâtiments médicaux avec leurs histoires de quarantaine et d’infection ; le bâtiment de désinfection où les vêtements et les bagages étaient à la vapeur et leurs propriétaires obligés de se doucher à l’eau antiseptique. Marcher entre ces secteurs rendait la stratification de classe de l’émigration palpable d’une façon que les graphiques et les statistiques ne peuvent réaliser.

Les cottages de Première Classe sur la Grosse Île sous la lumière automnale, le Saint-Laurent s'étendant jusqu'au rivage lointain des Laurentides

Sur la traversée du retour, je me suis arrêté à la poupe et j’ai regardé l’île s’éloigner jusqu’à n’être qu’une forme verte basse dans l’eau grise. Quelque chose dans une île qu’on ne peut atteindre qu’en bateau, qui tient son histoire sans superposition commerciale, m’a semblé précieux d’une façon à laquelle je pense encore.

Quand y aller : L’île n’est accessible que par des visites en traversier organisées, de fin mai à mi-octobre. Parcs Canada exploite des traversiers depuis Berthier-sur-Mer ; il est nécessaire de réserver à l’avance en été. J’ai préféré octobre pour la qualité de la lumière et les foules réduites — le sujet invite à la contemplation plutôt qu’à la compagnie.