Havre-Aubert
"Havre-Aubert, c'est à quoi ressemblaient les îles de la Madeleine avant que quiconque ne songe à les trouver charmantes."
La plus ancienne et la plus méridionale des îles de la Madeleine, où un hameau de pêcheurs appelé La Grave refuse tranquillement de se moderniser depuis trois siècles.
Je suis arrivé aux îles de la Madeleine de la manière la moins glamour qui soit — un traversier de cinq heures depuis Souris, à l’Île-du-Prince-Édouard, qui m’a laissé légèrement mal de mer et totalement pas préparé à l’allure que prendrait l’archipel vu depuis l’eau : un semis de collines vertes basses et de falaises rouges reliées entre elles par des routes de dunes, posé au milieu du golfe du Saint-Laurent comme nulle part ailleurs au Québec. Havre-Aubert est l’île la plus au sud de la chaîne et la première que touchent la plupart des traversiers, et elle abrite La Grave, une bande de cabanes de pêche en bardeaux gris le long d’une plage de galets qui est le cœur commercial de l’archipel depuis les années 1700. Lia a trouvé une boutique vendant des bijoux en verre de mer fabriqués à partir de bouteilles échouées sur la plage même où nous nous tenions, ce qui donnait l’impression que toute l’île s’expliquait en un seul geste.

La Grave tient son nom de la plage de gravier sur laquelle les premières familles de pêcheurs acadiennes et bretonnes tiraient leurs bateaux, et elle fonctionne encore comme un port de travail même si la plupart de ses vieilles cabanes sont devenues des ateliers d’artistes, des fumoirs et un petit aquarium qui garde des phoques blessés jusqu’à leur relâche. Nous avons mangé du maquereau fumé debout à un comptoir qui servait manifestement les mêmes trois plats depuis bien avant notre naissance à tous les deux, et c’était meilleur que la plupart des repas assis que j’ai pris dans des villes qui font payer quatre fois plus cher. Derrière La Grave, la Butte du Vent — les propres dunes de grès rouge de Havre-Aubert — s’élève au-dessus d’une plage où le sable prend un véritable ton rouille profond, l’oxyde de fer s’échappant des falaises comme c’est le cas dans presque tout l’archipel.
L’autre repère de l’île est le secteur du phare de l’Île du Havre Aubert et le Musée du sable, qui pourrait sembler une attraction anecdotique jusqu’à ce qu’on réalise que les îles de la Madeleine accueillent une véritable compétition internationale de sculpture sur sable chaque été, attirant des artistes qui construisent sur cette plage des œuvres qui n’ont aucune raison de survivre à une seule marée. J’ai regardé une équipe belge terminer une pièce l’après-midi précédant sa disparition sous la marée du soir, et personne ne semblait dérangé par cette impermanence. Cela m’a paru l’attitude juste pour une île construite sur des bancs de sable.

Quand y aller : juillet et août pour la compétition de sculpture sur sable, une eau assez chaude pour la baignade, et les meilleures chances de traversées calmes en traversier. Fin septembre attire moins de visiteurs et offre les mêmes falaises rouges sous une lumière plus nette, même si le vent du golfe se fait vite plus sérieux.