Le front de rivière des Outaouais à Gatineau au coucher du soleil, avec l'architecture courbe du Musée canadien de l'histoire visible sur la rive
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Gatineau

"Il suffit de traverser un pont depuis Ottawa pour que la langue, la nourriture et tout le rythme de la journée changent — Gatineau ne s'annonce pas, mais elle n'en a pas besoin."

La jumelle plus tranquille de la capitale fédérale, de l'autre côté de la rivière des Outaouais — francophone, riveraine, et éternellement sous-estimée.

Lia et moi avons traversé le pont Alexandra depuis Ottawa un mardi après-midi, et le changement fut immédiat et un peu comique : les panneaux routiers sont passés au français, le café s’est amélioré, et quelque chose dans le rythme des trottoirs s’est détendu. Gatineau se trouve juste en face de la capitale du Canada, et la plupart des visiteurs la traitent comme une réflexion après coup — un endroit qu’on regarde depuis le côté ottavien, qu’on traverse peut-être pour un musée, avant de retourner de l’autre côté de l’eau vers la « vraie » ville. Je pense que c’est prendre les choses à l’envers. Gatineau est l’endroit où la région ressemble réellement au Québec : le français comme langue première plutôt que comme courtoisie bilingue, un tempo civique plus lent, des terrasses qui se remplissent de gens du coin plutôt que de touristes.

La rivière des Outaouais séparant Gatineau du centre-ville d'Ottawa, vue au crépuscule avec la tour de la Paix éclairée sur l'autre rive

Le Musée canadien de l’histoire ancre le front de rivière, et son architecture justifie à elle seule la visite — le bâtiment en calcaire aux courbes de Douglas Cardinal, censé évoquer des reliefs glaciaires façonnés sur des millénaires, se dresse juste en face de la colline du Parlement, dans une sorte de conversation visuelle entre deux récits nationaux. À l’intérieur, la Grande Galerie abrite la plus grande collection intérieure de mâts totémiques au monde, disposés le long d’une côte du Pacifique Nord-Ouest recréée sous un mur de verre face à la rivière. J’y ai passé deux heures et j’aurais pu en passer cinq. Au-delà du musée, le vieux secteur de Hull — le centre historique de Gatineau, autrefois une ville à part entière avant la fusion municipale — offre une grille compacte de bâtiments en brique, de brasseries et de bars qui se remplit le week-end soir d’une foule presque entièrement locale, ce qui, après un été de rotations touristiques dans d’autres régions de la province, m’a fait un petit bien.

Ce qui m’a le plus surpris, c’est la nourriture. Gatineau n’a pas la couverture culinaire de Montréal ou de Québec, mais les restaurants de la rue Saint-Joseph et de la rue Aubry dépassent largement ce que le profil de la ville laisserait supposer — Lia a mangé un confit de canard dans un bistro qui n’aurait pas dépareillé à Lyon, et le marché Vanier proposait une sélection de fromages que je ne m’attendais pas à trouver hors d’une grande ville.

La rue Saint-Joseph dans le vieux secteur de Hull à Gatineau la nuit, façades en brique éclairées avec des terrasses de restaurants et des piétons

Quand y aller : l’été pour les terrasses et le Festival de montgolfières de Gatineau, tenu chaque année pendant la fin de semaine de la fête du Travail au parc Jacques-Cartier, en bord de rivière. L’hiver fonctionne aussi si vous le combinez avec les sentiers de ski de fond du parc de la Gatineau, juste au nord de la ville — les deux forment un duo naturel pour une longue fin de semaine.