Les trois terrasses rocheuses du Cap Trinité s'élevant à pic au-dessus des eaux sombres du fjord du Saguenay
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Parc national du Fjord-du-Saguenay

"La Norvège a ses fjords. Le Québec a un fjord qui se prend pour la Norvège, et il n'a pas tort."

L'un des fjords les plus au sud de la planète — des falaises de roche précambrienne plongeant sur 350 mètres dans une eau sculptée par une ère glaciaire, à admirer de préférence en kayak de mer à l'aube.

Le Cap Trinité s’annonce avant même qu’on ait pagayé jusqu’au dernier virage pour bien le voir — la paroi rocheuse s’élève en trois terrasses distinctes, chacune d’environ cent mètres, empilées jusqu’à une hauteur totale d’environ 350 mètres au-dessus du fjord. J’avais lu les chiffres à l’avance et ils ne m’avaient absolument pas préparé à l’échelle réelle de pagayer en kayak de mer sous cette paroi, minuscule et lent face à un mur de roche précambrienne qui compte, géologiquement parlant, parmi les plus vieilles pierres exposées de la planète. Une statue de la Vierge Marie se dresse sur la deuxième terrasse, installée là en 1881 par un vendeur itinérant qui l’avait promise en échange d’avoir survécu à une chute à travers la glace du fjord. C’est une petite figure blanche contre une falaise grise immense, et vue de l’eau, elle a presque l’air de s’excuser d’être là.

Le parc national du Fjord-du-Saguenay protège le littoral du fjord sur environ 100 kilomètres, de Sainte-Rose-du-Nord jusqu’à la confluence avec le Saint-Laurent, et il s’organise autour de trois secteurs principaux — Baie-Éternité, Baie-Sainte-Marguerite et L’Anse-de-Tabatière — chacun avec son propre réseau de sentiers qui descendent vers l’eau. Je me suis installé à Baie-Éternité et j’ai fait la randonnée jusqu’au belvédère de la Statue de la Vierge, qui vous amène au-dessus du Cap Trinité plutôt qu’en dessous : une montée de deux heures à travers la forêt boréale qui s’ouvre, sans grand préavis, sur une vue en bord de falaise le long du fjord vers le Saint-Laurent, l’eau si sombre et si immobile qu’elle en devenait à peine liquide.

Vue d'un randonneur depuis le belvédère de la Statue de la Vierge le long du fjord du Saguenay vers le Saint-Laurent

Le kayak, cependant, reste la vraie façon de comprendre l’échelle du fjord. Le Saguenay est techniquement une ria — une vallée fluviale noyée, creusée par l’érosion glaciaire — et la colonne d’eau sous le bateau est franchement étrange : une couche de surface chaude et saumâtre par-dessus une eau profonde froide, presque océanique, une stratification si nette que les bélugas s’en servent comme nurserie, précisément à cause de cela. J’ai pagayé au départ de Baie-Sainte-Marguerite à l’aube, quand l’eau était comme du verre et que les falaises se dédoublaient dans le reflet, et le guide a coupé le bavardage du groupe d’un geste de la main environ vingt minutes plus tard — une mère béluga et son petit venaient de faire surface à cinquante mètres de nos proues, remontant le fjord sans se presser.

Kayakistes de mer pagayant sous les falaises abruptes du fjord du Saguenay à l'aube, l'eau parfaitement immobile

La baie Sainte-Marguerite est elle-même une zone de nurserie désignée pour les bélugas, protégée de la circulation des bateaux durant la période de mise bas, et c’est l’un des rares endroits au monde où l’on peut voir de façon fiable des paires mère-petit dans un environnement de fjord plutôt qu’en pleine mer. Le contraste entre l’immobilité du fjord et ces animaux qui s’y déplacent — énormes, sans hâte, parfaitement chez eux dans une eau si froide et si profonde — c’est ce à quoi je repense sans cesse.

Quand y aller : de juin à septembre pour le kayak et les meilleures chances d’apercevoir des bélugas à Baie-Sainte-Marguerite. La randonnée jusqu’à la Statue de la Vierge est spectaculaire au début octobre, sous les couleurs automnales, même si les activités nautiques ralentissent à cette période.