Les falaises spectaculaires du Cap Gaspé au parc Forillon, là où la terre s'arrête brusquement au bord du golfe du Saint-Laurent
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Parc national Forillon

"Forillon est l'endroit où l'on manque de continent — les Appalaches s'arrêtent tout simplement, en plein élan, au bord de la mer."

Là où la chaîne des Appalaches finit par manquer de continent et plonge directement dans le golfe du Saint-Laurent — la fin littérale des terres.

La route vers le parc national Forillon, tout au bout de la péninsule gaspésienne, porte en elle une forme d’anticipation particulière — la route se rétrécit, la forêt se resserre, et l’on sait, à voir la carte, qu’on se dirige vers un bord. Ce que je n’avais pas pleinement saisi avant de me tenir sur les falaises du Cap Gaspé, c’est qu’il s’agit, géologiquement, de la fin réelle de la chaîne des Appalaches. La même chaîne qui commence en Alabama, parcourt toute la côte est des États-Unis et se poursuit à travers les Green Mountains et les Chic-Chocs, se termine ici, tombant en falaises de dolomite droit dans le golfe du Saint-Laurent. Il n’y a nulle part où marcher plus loin. Le sentier s’arrête tout simplement à un phare et à une vue sur l’eau libre.

Le phare du Cap Gaspé à la pointe du parc national Forillon, avec des falaises maritimes spectaculaires et le golfe du Saint-Laurent s'étendant jusqu'à l'horizon

Nous avons parcouru le sentier des Graves jusqu’à ce phare tôt le matin, dans un brouillard qui se levait par plaques, révélant les falaises par étapes plutôt que d’un seul coup, ce qui a rendu l’échelle du lieu encore plus frappante. En contrebas, dans le détroit entre le cap et le large golfe, un groupe de petits rorquals a fait surface à plusieurs reprises — Forillon se trouve à l’embouchure d’un corridor marin où les baleines se nourrissent assez près de la côte pour être visibles depuis les sentiers de falaise sans avoir besoin d’un bateau, ce que je n’avais vécu nulle part ailleurs sur cette côte. Des phoques communs se prélassaient sur les rochers du Cap-Bon-Ami, indifférents aux randonneurs au-dessus d’eux.

Forillon porte aussi une histoire plus dure inscrite dans son paysage : dans les années 1970, le gouvernement fédéral a exproprié et démoli les villages de pêcheurs qui occupaient cette côte depuis des générations pour créer le parc, et le centre d’interprétation de Grande-Grave n’édulcore pas cette histoire — des bâtiments restaurés racontent l’histoire des opérations de pêche des familles Blanchette et Dolbel-Roberts qui ancraient autrefois l’économie de cette côte, ainsi que le ressentiment que cette expropriation suscite encore localement. Debout parmi les quais préservés, j’ai pensé à quel point une bonne partie de ce qui passe pour une nature intacte au Canada porte en réalité un déplacement inscrit dans sa fondation.

Le brouillard se levant sur le sentier côtier des Graves à Forillon, avec des épinettes rabougries et le rivage rocheux en contrebas

Quand y aller : de juin à septembre pour un accès complet aux sentiers et aux services. Juillet et août pour les meilleures chances d’observer des baleines depuis la côte. Le parc est vaste — prévoyez au moins une journée complète, deux si vous voulez vraiment explorer les sections montagneuses et côtières.