La ville de Gaspé et son port sur la baie de Gaspé, avec le clocher de la cathédrale visible et des bateaux amarrés le long du quai
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Gaspé

"Gaspé est une petite ville qui porte un grand morceau d'histoire — l'endroit où un marin français a décidé qu'un continent appartenait déjà à quelqu'un d'autre."

La ville où Jacques Cartier a planté une croix et réclamé un continent qu'il ne comprenait pas — aujourd'hui un port de pêche tranquille avec une place démesurée dans les récits fondateurs du Canada.

Gaspé se trouve au fond d’une longue baie abritée, et il m’a fallu une journée à sillonner la route côtière de la péninsule pour bien comprendre pourquoi cet endroit précis avait suffisamment compté pour que Jacques Cartier s’y arrête en 1534, y plante une croix de bois et réclame la terre au nom du roi de France — un geste d’une présomption presque stupéfiante envers le peuple mi’gmaq qui vivait ici depuis des milliers d’années déjà et qui a observé toute la cérémonie depuis le rivage. Le nom de la ville vient du mot mi’gmaq « Gespeg », qui signifie « terre qui finit », que les Français ont adopté, comme bien d’autres choses sur cette côte, sans toujours en reconnaître l’origine.

Le front de mer de Gaspé avec des bateaux de pêche et la ville s'élevant sur la colline derrière, la cathédrale visible contre le ciel

Le Musée de la Gaspésie se dresse sur un promontoire au-dessus du port et s’efforce de tenir les deux bouts de cette histoire — le débarquement de Cartier y est présenté aux côtés d’un récit substantiel et bien construit de la présence mi’gmaq et des vagues de peuplement acadien et irlandais qui ont suivi, des arrivées superposées qui ont donné à cette côte une mosaïque de noms de lieux en trois langues à quelques kilomètres les uns des autres. J’y ai passé une heure avant de redescendre en ville, et cela a recadré tout ce que j’ai vu par la suite. La Cathédrale du Christ-Roi, une remarquable cathédrale en bois du milieu du XXe siècle construite presque entièrement en bois local, se dresse près du site traditionnellement identifié comme le lieu de débarquement de Cartier, et cette juxtaposition d’un bâtiment moderne sur un site ancien m’a semblé profondément gaspésienne — un endroit qui continue de construire de nouvelles choses directement par-dessus de très anciennes.

Gaspé vit aujourd’hui à un rythme véritablement tranquille, un port de pêche actif avec quelques bons comptoirs de fruits de mer plutôt qu’une vitrine touristique, et je l’ai apprécié d’autant plus pour cette absence de mise en scène. Nous avons mangé un flétan frais dans un endroit en bord de quai avec vue sur la baie vers le large, et la propriétaire, en apprenant que je vivais au Mexique, a préféré parler de Cancún plutôt que de l’histoire quatre fois centenaire de sa propre ville — un rappel que les gens qui habitent un lieu emblématique ne le vivent que rarement comme tel.

La baie de Gaspé au coucher du soleil, vue depuis le promontoire près du Musée de la Gaspésie, l'eau calme et la rive opposée en silhouette

Quand y aller : Gaspé fait une bonne base pour une nuitée avant d’explorer le parc national Forillon, à courte distance en voiture. De juin à septembre pour des heures d’ouverture complètes au musée et les meilleures chances de temps calme sur la baie ; la ville elle-même est assez tranquille pour être appréciée toute l’année, si le froid hivernal au bord de l’eau ne vous dérange pas.