Le sommet de toundra alpine du mont Jacques-Cartier dans les Chic-Chocs, avec des caribous visibles sur le plateau rocheux
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Chic-Chocs

"Les Chic-Chocs sont le seul endroit de la Gaspésie où l'on cesse de regarder la mer pour lever les yeux — et ce qui se trouve là-haut est authentiquement alpin."

Le seul endroit au sud de l'Arctique où des caribous errent encore à l'état sauvage au Québec — une chaîne alpine surgie au beau milieu de la péninsule gaspésienne.

Partout ailleurs en Gaspésie, l’histoire, c’est la côte — les falaises, les baleines, les villages de pêcheurs. Les Chic-Chocs sont la réponse de l’intérieur des terres à tout cela, une chaîne de montagnes traversant le centre de la péninsule, avec des sommets qui percent au-dessus de la limite des arbres jusque dans une véritable toundra alpine, un paysage qui n’a rien à faire aussi au sud et qui existe pourtant à cause d’un accident précis de latitude et d’exposition. Le parc national de la Gaspésie protège la section la plus haute de la chaîne, et le mont Jacques-Cartier, avec ses 1 268 mètres, est le deuxième plus haut sommet du sud du Québec et abrite le dernier troupeau de caribous sauvages au sud des grandes forêts nordiques du Saint-Laurent — une population isolée, génétiquement distincte, qui subsiste ici depuis la dernière glaciation.

Le plateau sommital rocheux de toundra alpine du mont Jacques-Cartier, avec une végétation arctique basse et un caribou broutant au loin

Voir les caribous demande de l’effort et un peu de chance. La Sépaq fait circuler une navette depuis le centre d’interprétation à mi-montagne, après quoi il faut marcher à travers la forêt boréale puis, brusquement, déboucher sur la toundra ouverte — bouleau nain, lichen, roche à nu, un vent qui frappe différemment une fois qu’on a dépassé la limite des arbres. Nous avons attendu près d’une heure au point de vue du sommet avant que trois caribous n’apparaissent, avançant sans hâte sur la roche, tout à fait indifférents à la petite grappe de randonneurs qui les observait. Le parc limite volontairement le nombre de visiteurs sur la montagne pour protéger ce troupeau, qui ne compte plus aujourd’hui que quelques centaines de têtes, et l’attente comme le quota semblaient un juste prix à payer pour ce que nous avons vu.

La chaîne dans son ensemble — le nom vient d’un mot mi’gmaq généralement traduit par « montagnes rocheuses » — abrite aussi certaines des meilleures randonnées de l’est du Canada en contrebas des sommets, des sentiers en forêt boréale dense passant par des chutes et des cirques glaciaires, et la plus forte concentration d’orignaux du Québec, que nous avons croisés bien plus facilement que les caribous, dont un qui est resté planté au milieu d’un chemin de gravier pendant cinq bonnes minutes, apparemment indifférent à notre voiture qui patientait sagement.

Une forêt boréale dense et un lac de cirque glaciaire dans la chaîne des Chic-Chocs, en contrebas des sommets alpins, avec les couleurs d'automne sur les versants inférieurs

Quand y aller : De la fin juin à septembre pour les sentiers alpins et l’accès à la navette des caribous ; la zone sommitale est fermée en dehors de cette période. Le matin tôt offre les meilleures chances d’apercevoir les caribous, avant que la chaleur du midi ne les pousse à l’ombre.