Falaises calcaires du canyon de la rivière Vauréal sur l'île d'Anticosti, avec une forêt boréale dense au-dessus
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Île d'Anticosti

"Anticosti compte 160 000 cerfs de Virginie pour environ 220 habitants — ce ratio dit tout du tempérament de l'île."

Une île de la taille d'un petit pays à l'embouchure du Saint-Laurent, abritant plus de cerfs que d'habitants et un littoral parsemé d'épaves.

Se rendre sur l’île d’Anticosti demande soit un petit avion depuis Sept-Îles ou Havre-Saint-Pierre, soit une traversée en traversier considérablement plus longue, et ces deux options filtrent naturellement qui finit par y arriver — c’est en partie pour cela que l’île garde cette impression de n’appartenir à personne. Anticosti se trouve à l’embouchure du Saint-Laurent, à peu près de la taille de l’Île-du-Prince-Édouard, mais elle ne compte que moins de 250 résidents permanents, la plupart regroupés dans l’unique village de Port-Menier. Le reste de l’île appartient à la forêt boréale, aux canyons calcaires et à environ 160 000 cerfs de Virginie — descendants des 220 bêtes introduites en 1896 par un magnat français du chocolat qui avait acheté l’île entière pour en faire une réserve de chasse privée et l’avait peuplée en conséquence. Les cerfs n’ont ici aucun prédateur naturel et ont façonné entièrement l’écologie de l’île ; on les croise sans cesse, en bordure des routes, en lisière de forêt, parfaitement indifférents aux voitures.

Un cerf de Virginie debout dans une clairière au bord d'une route de gravier sur l'île d'Anticosti, avec une forêt dense derrière lui

L’autre identité de l’île est celle d’un cimetière de navires — plus de quatre cents bâtiments se sont échoués sur les récifs et hauts-fonds d’Anticosti au fil des siècles, lui valant le surnom de « cimetière du golfe », et des coques rouillées restent visibles depuis plusieurs plages à marée basse. Mais le paysage qui m’a vraiment arrêté, c’est le canyon de la rivière Vauréal, une gorge calcaire creusée sur des millénaires qui s’ouvre soudainement au milieu d’une forêt boréale par ailleurs plate, ses parois striées d’ocre et de gris, une chute d’eau tombant de 76 mètres à sa tête. Le parc national d’Anticosti protège ce canyon et une bonne partie de la moitié est de l’île, et marcher jusqu’au rebord du canyon après une heure de forêt d’épinettes sans grand relief m’a fait l’effet d’un tour de magie — rien dans l’approche ne prépare à ce à-pic.

Port-Menier lui-même se visite en un après-midi : un magasin général, un musée consacré à l’histoire du baron du chocolat et aux gisements fossilifères de l’île (le calcaire d’Anticosti renferme certains des fossiles ordoviciens les mieux conservés du continent), et un port où le traversier et les hydravions vont et viennent selon des horaires que tout le monde traite comme approximatifs.

La chute de la rivière Vauréal se déversant dans un canyon calcaire sur l'île d'Anticosti

Quand y aller : Fin août à septembre pour la période du rut chez les cerfs et le meilleur temps pour la randonnée dans le canyon. Réservez les vols bien à l’avance — le service est limité et dépendant de la météo, et l’île offre très peu d’hébergement en dehors de Port-Menier.