Aix-en-Provence
"Chaque fontaine d'Aix est plus ancienne que la République. On boit l'eau et on sent les siècles descendre."
Aix s’est annoncée par ma vitre de voiture comme une voûte de platanes si vieux que leurs troncs s’étaient fondus en une arche continue au-dessus du Cours Mirabeau. Je venais d’une semaine dans le Luberon et la transition était brutale : Gordes et Roussillon sont des villages que le temps et le tourisme ont transformés en quelque chose qui ressemble à un décor de film, mais Aix est une ville, avec toute la résistance à l’embellissement que cela implique. Des étudiants passaient à vélo avec des sacs de livres. Une femme se disputait avec un agent de stationnement dans la tonalité précise que prennent les disputes françaises quand les deux parties savent que la bureaucratie va gagner. Un café servait le déjeuner à une table d’hommes en costume qui semblaient être assis là depuis 1987.

Le marché du samedi le long du Cours Mirabeau est celui auquel je reviens le plus souvent dans ma mémoire. Non pour quoi que ce soit de précis en vente, mais pour l’accumulation : la lumière filtrant à travers les platanes sur des étals d’herbes séchées, l’odeur de poulet rôti et d’herbes de Provence se mêlant à la fraîcheur minérale des fontaines qui courent tout le long du boulevard, les vieilles dames avec leurs cadies qui naviguent parmi les touristes avec l’efficacité d’une longue pratique. J’ai passé un temps ridicule à un étal qui ne vendait que des calissons — la confiserie à l’amande et au melon qu’Aix revendique comme sienne, en forme de petite barque, enrobée de glace royale blanche, avec une saveur à mi-chemin entre le massepain et quelque chose de plus floral. J’en ai acheté une boîte pour quelqu’un au Mexique et j’en ai mangé la plus grande partie dans l’après-midi.
L’atelier de Cézanne, l’Atelier des Lauves, se trouve dans une rue calme au-dessus de la vieille ville et est exactement tel qu’il l’a laissé en 1906 : le crâne sur le rebord de la fenêtre, les bouteilles de vin disposées en formation de nature morte, les pommes dans un bol qui sont clairement les descendants de celles qu’il a peintes quatre cents fois. Ce qui me reste, c’est la lumière. La fenêtre orientée au nord inonde la pièce d’un éclairage plat et régulier qui explique tout de son obsession — ce n’est pas une lumière dramatique, pas l’obscurité théâtrale du Caravage. C’est simplement la lumière la plus fiable et la plus patiente que j’aie jamais vue dans une pièce. La montagne qu’il n’a cessé de peindre, la Sainte-Victoire, se dresse en lisière de la ville et change de couleur toutes les heures du jour.

Le vieux quartier d’Aix — le Mazarin et les ruelles médiévales derrière la cathédrale — récompense la flânerie sans destination particulière. Les fontaines sont partout, certaines qui gouttelottent, d’autres qui jaillissent, la plupart si couvertes de mousse qu’elles semblent géologiques plutôt qu’architecturales. À la tombée du jour, les bars de la rue de la Verrerie se remplissent d’étudiants et les terrasses restent animées bien après onze heures. C’est une ville qui prend ses loisirs au sérieux, dans le sens très spécifiquement provençal de s’installer quelque part confortablement et de refuser d’être pressé.
Quand y aller : Le printemps — d’avril à juin — est Aix dans toute sa grâce : le marché bat son plein, le Cours Mirabeau n’est pas encore engorgé de visiteurs estivaux, et la lumière sur la Sainte-Victoire en fin d’après-midi est extraordinaire. Septembre et octobre amènent les vendanges et le retour au rythme propre de la ville après l’afflux touristique d’août.