Vaison-la-Romaine
"Les Romains ont pavé ces rues, les comtes de Toulouse ont construit par-dessus, et le mardi il y a un marché."
Il y a une voie romaine à Vaison-la-Romaine que l’on peut emprunter — pas à côté, directement sur les pavés de basalte d’origine, polis et lisses par deux mille ans de piétinement, avec les ornières des chariots romains encore clairement visibles dans la surface. Je l’ai parcourue un mardi matin, enjambant un caniveau que les Romains avaient taillé, passant devant les fondations d’une villa dont les sols en mosaïque sont encore partiellement in situ sous un abri de protection, et j’ai abouti au théâtre à ciel ouvert où un groupe scolaire mangeait son déjeuner sur des sièges d’abord occupés par des citoyens de la province romaine de Narbonnaise. Le théâtre peut accueillir quelques milliers de personnes et accueille encore des représentations en été. L’acoustique, que j’ai testée en laissant tomber une pièce sur la scène et en l’entendant clairement depuis la rangée supérieure, est aussi bonne que tout ce que j’ai pu rencontrer.

Le pont romain — une seule arche de pierre de taille enjambant l’Ouvèze, construite au Ier siècle après J.-C. et portant encore des piétons aujourd’hui — relie la ville basse romaine à la haute ville médiévale qui grimpe sur la rive opposée. Le pont est le genre d’ouvrage d’ingénierie qui vous rend vivement conscient du caractère contingent des infrastructures modernes : il a survécu à une crue catastrophique en 1992 qui a détruit deux ponts modernes en béton en amont et laissé Vaison coupée en deux pendant des mois. Seul le pont romain a tenu. En le traversant, j’ai eu la sensation singulière de faire confiance au jugement d’un ingénieur mort avant le Christ.
La haute ville sur la falaise au-dessus de la rivière est un quartier médiéval si intact qu’il fonctionne presque comme une relique vivante — des ruelles abruptes du XIIe siècle, un château en ruine au sommet depuis lequel les comtes de Toulouse surveillaient leur territoire, et une population villageoise qui a apparemment décidé à un moment du XXe siècle que la ville haute lui convenait fort bien et ne voyait aucune raison de se moderniser au-delà d’un certain point. J’ai déjeuné dans un restaurant dans une cave médiévale voûtée où les murs faisaient un mètre d’épaisseur et la température était dix degrés plus fraîche qu’à l’extérieur, et le plat du jour était une daube d’agneau qui avait manifestement cuit depuis la veille au soir. Le patron l’a apportée sans qu’on le demande et a rempli la corbeille de pain deux fois, également sans qu’on le demande.

Les Dentelles de Montmirail — les crêtes calcaires dentelées visibles au sud de Vaison, dont la silhouette évoque de la dentelle déchirée — constituent l’arrière-plan qui donne à cette partie de la Provence du nord un caractère différent des collines plus arrondies du Luberon. Dans leurs contreforts, les villages de Gigondas, Sablet et Séguret produisent les vins du versant méridional du Rhône : des rouges à base de grenache avec une structure qui vient de l’altitude et du calcaire, et des rosés d’une couleur plus profonde et plus sérieuse que les pâles Côtes de Provence. J’ai fait une dégustation dans un domaine hors de Gigondas et je suis reparti avec trois bouteilles et une compréhension sensiblement modifiée de ce que le Rhône méridional peut faire.
Quand y aller : Le marché du mardi à Vaison est l’un des meilleurs du nord de la Provence et fonctionne toute l’année, mais il atteint sa pleine ampleur au printemps et en début d’été. Le théâtre romain accueille concerts et spectacles en juillet et août. Le printemps — d’avril à juin — est le moment où je reviendrais : les fleurs sauvages des Dentelles, les routes calmes et le vignoble qui se réveille tout juste.