Viana do Castelo
"Viana do Castelo est la ville qui m'a appris que la côte portugaise n'a pas besoin d'être célèbre pour être parfaite."
Une ville à l'embouchure où le Lima rejoint l'Atlantique, couronnée par une basilique perchée sur une colline et encore parée des costumes folkloriques brodés qui font de ses fêtes les plus photographiées du nord du Portugal.
Je suis arrivé à Viana do Castelo par la route côtière du Minho, et la première chose qui m’a frappé, c’est la lumière — plus plate et plus argentée que plus au sud, l’Atlantique ici étrangement plus froid et plus sérieux, se jetant contre une longue plage de sable de l’autre côté de l’embouchure du fleuve. La ville se trouve là où le Lima finit par abandonner et devenir océan, et tout en elle semble façonné par cette rencontre : bateaux de pêche amarrés le long du quai, mouettes se disputant les restes au marché, et une silhouette urbaine dominée non par un clocher mais par une ligne de funiculaire qui grimpe tout droit la colline derrière la ville jusqu’à une basilique qui, de loin, ressemble à quelque chose tout droit sorti de Paris.
Une basilique avec vue, et une fête avec un costume
La basilique Santa Luzia, tout en dômes blancs et ambition néo-byzantine, n’a été achevée que dans les années 1920, ce qui la rend presque gênamment jeune à côté du centre médiéval en contrebas — mais la vraie raison d’y grimper (ou de prendre le funiculaire, ce que j’ai fait, sans aucune honte) n’est pas vraiment l’église elle-même. C’est la vue : le Lima qui s’enroule vers l’Atlantique, les toits rouges de la vieille ville serrés le long de la berge, la longue plage atlantique qui s’étire vers le sud. Je suis resté au belvédère derrière l’église une bonne vingtaine de minutes, sans rien faire d’autre que regarder les bateaux de pêche se faufiler à l’embouchure du port en contrebas.

En bas dans la vieille ville, j’ai eu de la chance — j’étais arrivé quelques jours avant la Romaria de Nossa Senhora da Agonia en août, et la moitié des devantures de boutiques affichaient déjà des femmes en costume traditionnel du Minho : jupes superposées, bijoux en filigrane doré empilés en épaisseur sur la poitrine, tabliers brodés de rouges et de noirs qui demandent des mois de travail à la main. Une femme plus âgée qui vendait du linge brodé sur une table pliante m’a expliqué, avec patience, que les bijoux ne sont pas tant une décoration qu’un héritage — des pièces transmises de mère en fille, portées lors des fêtes comme une sorte d’histoire familiale ambulante. Je n’ai rien acheté ce jour-là, à part un café et un grand respect pour le sérieux avec lequel cette ville prend ses propres traditions, non comme un spectacle pour les visiteurs mais comme quelque chose qu’elle continuerait de faire avec ou sans public.

J’ai dîné ce soir-là dans un endroit au bord du quai, sardines grillées et vinho verde, en regardant la lumière virer au cuivre au-dessus du fleuve, et j’ai compris pourquoi cette ville, pourtant objectivement magnifique, reste si discrètement sous les radars comparée à Porto, une heure plus au sud.
Quand y aller : Fin août, pour la Romaria da Agonia — la plus grande fête folklorique du Portugal, quatre jours de costumes, de feux d’artifice au-dessus du fleuve, et une procession du dimanche qui paralyse toute la ville.