La cathédrale Sé en granit de Viseu et sa loggia Renaissance captant la lumière de l'après-midi au-dessus des toits de la vieille ville
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Viseu

"Viseu n'a pas besoin de l'océan. Elle a le granit, le vin du Dão, et un peintre qui a vu tout le pays avant tout le monde."

Une ville de granit sur un plateau au cœur du vignoble du Dão, où le fantôme d'un peintre de la Renaissance et des terrasses de café sans hâte font oublier que la côte existe.

Je suis monté depuis Coimbra sans grand plan, et Viseu m’a pris par surprise — une ville entièrement bâtie en granit gris, fraîche et austère sous un soleil de juillet, posée sur un haut plateau ceinturé de vignobles plutôt que des plages que tout le monde chassait cette semaine-là. La place du Rossio faisait son numéro du soir à mon arrivée : des vieillards sur des bancs en fer forgé, des enfants à trottinette slalomant autour de la fontaine, l’odeur de sardines grillées flottant depuis un café qui n’avait manifestement pas changé son menu depuis les années soixante-dix. Personne autour de moi n’était touriste. Ça, plus que n’importe quel monument, m’a dit que j’avais trouvé un endroit vrai.

Le peintre qui a vu le Portugal en premier

Le Museu Grão Vasco se trouve juste à côté de la cathédrale, dans l’ancien palais épiscopal, et abrite l’œuvre de Vasco Fernandes — Grão Vasco, « Vasco le Grand » — le peintre du seizième siècle qui a plus ou moins inventé le portrait portugais comme genre à part entière, distinct des importations flamandes et italiennes que tout le monde copiait alors. Son retable de « Saint Pierre » m’a arrêté net : le visage du saint est indéniablement celui d’un vrai paysan portugais des années 1530, buriné et spécifique, pas un saint méditerranéen idéalisé. Une enseignante à la retraite à côté de moi, venue pour ce qu’elle a appelé sa visite mensuelle, m’a expliqué que Grão Vasco utilisait des modèles locaux parce que Viseu était trop loin du mécénat lisboète pour se donner la peine de prétendre autre chose. J’ai aimé cette explication, qu’elle soit rigoureusement vraie ou non.

Intérieur du Museu Grão Vasco avec des peintures religieuses de la Renaissance accrochées sur des murs de pierre

Juste à côté, la cathédrale Sé est en granit de bout en bout, sa façade baroque brute et fortifiée s’ouvrant à l’intérieur sur un plafond manuélin noué de motifs de corde sculptés, et un cloître silencieux où je me suis assis vingt minutes à ne rien faire du tout, ce qui semblait la bonne manière d’en faire l’expérience.

Le vin du Dão, sans mise en scène

Ce à quoi je ne m’attendais pas, c’est à quel point le vin m’a pris de court. Viseu se trouve au cœur de la région du Dão, dont les rouges sont éclipsés par la renommée du Douro mais que les habitants défendent avec une vraie conviction — structurés, un peu austères, cultivés sur des sols de granit en altitude, ce qui leur donne apparemment une pointe minérale que le pays du porto ne peut égaler. J’ai fini dans une tasca dans une rue secondaire, où le patron m’a servi un verre d’un producteur dont je n’avais jamais entendu parler, presque sans étiquette, et a refusé que je paie plus de trois euros pour ça. Il a semblé presque vexé que je le lui propose.

Verres de vin rouge du Dão sur une table en bois dans une petite tasca de Viseu, bouteille et pain en arrière-plan

Je suis reparti le lendemain matin en pensant encore à ce vin, et à une ville qui n’a jamais essayé une seule fois de se vendre.

Quand y aller : En septembre, quand les vendanges du Dão battent leur plein et que la Feira de São Mateus — l’une des plus anciennes foires du Portugal, tenue depuis les années 1400 — remplit la ville d’étals, de vin et d’un vacarme qui semble mérité plutôt que mis en scène.