Sentier de terre en surplomb du Fishermen's Trail longeant la côte atlantique avec des vagues qui se brisent en contrebas
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Rota Vicentina

"J'ai marché six heures et vu plus de cigognes que d'êtres humains, ce qui résume assez bien l'esprit de la Rota Vicentina."

Un réseau de sentiers côtiers et intérieurs à travers le tronçon le plus sauvage de l'Atlantique portugais, où les cigognes nichent sur les falaises et les villages sentent encore le bois brûlé et le sel.

Personne ne m’avait prévenu pour les cigognes. J’en étais à mon troisième jour sur le Fishermen’s Trail, quelque part entre Almograve et Zambujeira do Mar, quand j’ai levé les yeux et aperçu un nid de cigogne coincé dans une falaise, vingt mètres au-dessus des vagues atlantiques qui se fracassaient plus bas, avec l’oiseau planté dedans comme si c’était l’endroit le plus naturel du monde pour fonder une famille. Apparemment, ça l’est : ce bout de côte sud-ouest du Portugal, là où l’Alentejo se fond dans l’Algarve, abrite l’une des seules populations de cigognes blanches au monde à nicher sur des falaises maritimes plutôt que sur des clochers ou des cheminées. Ce détail m’en a appris plus sur la Rota Vicentina que n’importe quel guide : c’est un littoral qui continue de faire les choses à sa façon, indifférent au reste de l’Europe.

Deux sentiers, une seule sauvagerie

La Rota Vicentina n’est pas un seul chemin mais un réseau : le Fishermen’s Trail qui longe la côte brute, entre dunes et falaises, et le Historical Way qui serpente à l’intérieur des terres à travers des forêts de chênes-lièges et des villages blanchis à la chaux où des vieillards font encore sécher leur propre presunto. J’ai partagé mes journées entre les deux, et c’est bien tout le contraste qui fait l’intérêt du voyage. Un après-midi, j’escaladais des falaises de grès avec des embruns au visage ; le lendemain, je marchais sur des chemins de terre en croisant à nouveau des cigognes — perchées sur des poteaux électriques, cette fois — au milieu de hameaux si silencieux qu’on entendait un coq chanter à un kilomètre de distance. Les marques du sentier sont de simples bandes bleues et vertes peintes sur des rochers et des piquets de clôture, rudimentaires et faciles à manquer si on n’y prête pas attention, ce qui force une forme d’attention que peu de voyages exigent.

Sentier de terre du Fishermen's Trail serpentant le long de spectaculaires falaises de grès au-dessus de l'Atlantique près de Zambujeira do Mar

Je me suis arrêté déjeuner un jour dans un tout petit endroit appelé Almograve, un village d’à peine deux cents habitants, et j’ai mangé une dorade grillée dans un café où le fils du patron avait pêché le poisson le matin même, juste au pied des falaises que je venais de longer. Rien dans ce repas n’était pensé pour les touristes : le menu était écrit à la main, le vin local et sans étiquette, et le patron a semblé légèrement surpris que j’arrive à pied depuis le sentier plutôt qu’en voiture. C’est ça, la texture de cette région : des villages de pêcheurs à peine résignés à devenir une destination, et c’est précisément pour ça que les marcheurs viennent.

Maisons blanchies à la chaux d'un village le long du Historical Way, la route intérieure traversant la campagne de chênes-lièges

Bien marcher ce sentier

Le réseau complet s’étend sur plusieurs centaines de kilomètres, mais presque personne ne le parcourt d’une traite : la plupart des marcheurs choisissent un tronçon de quatre à huit jours, logeant dans de petites pensions apparues spécifiquement pour accueillir les randonneurs, avec les bagages transférés à l’avance par des navettes locales pour qu’on ne porte que de l’eau et un appareil photo. J’ai fait cinq jours et j’aurais pu en faire dix. La difficulté physique reste modérée, mais le terrain change sans cesse — sable meuble, bord de falaise exposé, sentier forestier ombragé —, ce qui garde les jambes et l’attention en éveil comme jamais un sentier plat ne pourrait le faire.

Quand y aller : Le printemps (avril-mai) apporte des fleurs sauvages le long des falaises et des températures douces pour marcher ; évitez juillet et août, quand le soleil côtier ne laisse aucun répit et que l’ombre se fait rare sur les tronçons de falaise exposés.