Pico Island
"Pico est d'abord une montagne, et une île ensuite, et tout ce qui s'y trouve, y compris le vin, semble le savoir."
Le plus haut sommet du Portugal jaillit directement de l'Atlantique sur l'île de Pico, dominant une côte de lave noire quadrillée de vignobles aux murs de pierre qui parviennent, on ne sait comment, à faire naître du vin de la roche pure.
On aperçoit Pico bien avant d’y débarquer, son cône volcanique visible depuis Faial, de l’autre côté du chenal, par toute matinée claire, une altitude franchement improbable de 2 351 mètres qui jaillit directement de la mer — le plus haut sommet du Portugal continental fait à peine la moitié de ça. Mais ce qui m’est resté plus longtemps en tête que le sommet lui-même, c’est le littoral en dessous : kilomètre après kilomètre de basalte noir, craquelé en plaques plates par des siècles de vagues atlantiques, quadrillé de milliers de petites enceintes rectangulaires en pierre qui, de loin, ressemblent presque à des mots croisés géants posés le long du rivage.
Du vin cultivé dans des cages de pierre
Ces enceintes, ce sont les currais — des murets bas de roche volcanique noire empilée, construits sans mortier, que les habitants d’ici utilisent depuis des siècles pour faire pousser de la vigne dans des conditions qui devraient rendre le vin impossible. Il n’y a pratiquement pas de terre à proprement parler, juste de la lave craquelée, et aucun abri naturel contre un vent qui souffle depuis l’Atlantique ouvert sans rien pour le ralentir sur trois mille kilomètres. Alors les habitants de l’île ont construit à la main des milliers de ces petits enclos de pierre, chacun abritant une poignée de pieds de vigne du vent chargé de sel, tandis que la pierre noire absorbe la chaleur du jour et la restitue la nuit, créant une sorte de serre accidentelle. L’UNESCO a reconnu tout ce paysage — environ 987 hectares — comme patrimoine mondial, et en marchant dans le labyrinthe des currais près du village côtier de Criação Velha, je n’arrêtais pas de perdre le sens de l’orientation dans un paysage qui se ressemble à l’identique dans toutes les directions et qui, pourtant, de près, est entièrement fait de main d’homme.

Je me suis arrêté dans une petite adega près de Madalena, tenue par une famille qui cultive les mêmes currais depuis quatre générations, et la femme qui servait les dégustations m’a raconté que le cépage, le Verdelho, avait failli disparaître de l’île après que le phylloxéra et une éruption volcanique ont dévasté les vignes au XIXe siècle, et que ce qui pousse aujourd’hui provient en grande partie de boutures replantées et d’un pur entêtement. Le vin lui-même était minéral et salin d’une façon que je n’avais jamais goûtée auparavant, quelque chose qui semblait transporter directement dans le verre la roche noire et les embruns.

Je n’ai pas tenté le sommet moi-même — cela demande un départ très matinal, un guide, et une météo que personne ne peut garantir — mais j’ai vu deux randonneurs épuisés redescendre au crépuscule, brûlés par le soleil et souriants, décrivant un cratère au sommet encore vaguement chaud sous les pieds. Cela a suffi à me convaincre que c’est la montagne, et non le vin, qui fait encore vraiment tourner cette île.
Quand y aller : Venez entre juin et septembre si vous voulez une vraie chance de faire l’ascension du sommet par temps clair, mais visitez les vignobles à n’importe quel moment, du printemps aux vendanges de septembre, quand les currais sont les plus vivants.