Piódão
"Piódão s'est si bien caché dans ses montagnes que le reste du Portugal l'a oublié pendant des siècles — et c'est précisément ce qui l'a sauvé."
Un village de schiste empilé dans un pli de la Serra do Açor, chaque maison d'ardoise bordée du même bleu cobalt, si isolé qu'il n'a été électrifié que dans les années 1970.
La route qui descend vers Piódão est de celles qui vous font serrer le volant un peu plus fort — lacet après lacet à travers la Serra do Açor, la forêt de pins cédant soudain la place à une vue du village empilé sur la colline comme s’il y avait été coulé puis laissé à figer. Chaque maison, sans exception, est bâtie dans le même schiste sombre, cette ardoise locale qui se détache des montagnes en fines plaques grises, et chaque porte, chaque encadrement de fenêtre, sans exception, est peint de la même nuance de bleu — pas vraiment par une loi, plutôt par un accord collectif têtu dont personne ne semble se souvenir de l’origine. Vu d’en haut au crépuscule, tout le village prend la couleur de la pierre mouillée, avec ces touches de bleu qui luisent faiblement, et je suis resté un moment au mirador avant de redescendre, ne voulant pas briser je ne sais quoi.
Un village arrivé en retard au vingtième siècle
Piódão était si coupé du monde dans ces montagnes qu’il n’a eu de vraie route que dans les années 1950, et l’électricité pas avant 1978 — encore dans la mémoire vivante de bon nombre des personnes âgées que j’ai croisées assises devant leur porte. Cet isolement lui a permis d’échapper à la vague de constructions en béton qui a aplati le caractère de tant de villages ruraux portugais dans les décennies d’après-guerre ; l’esthétique schiste-et-bleu ici n’est pas un projet de restauration, c’est simplement ce qui n’a jamais eu l’occasion d’être remplacé. Je me suis glissé dans la minuscule église de la place principale, étonnamment blanche au milieu de toute cette pierre grise, à l’intérieur baroque doré et complètement disproportionné par rapport à la taille du bâtiment — apparemment financé par des habitants émigrés au Brésil qui envoyaient de l’argent au pays.

Une femme âgée qui vendait du miel et des châtaignes séchées sur une table devant sa maison m’a raconté, dans ce portugais lent et posé de quelqu’un habitué à parler à des étrangers, que la moitié des jeunes étaient partis pour Coimbra, Lisbonne ou plus loin encore, et que le village survit désormais surtout grâce aux visiteurs du week-end et à une poignée de familles qui n’ont jamais voulu être ailleurs.

J’ai acheté un pot de son miel, déjeuné dans une petite tasca qui servait un ragoût de chèvre de montagne, et arpenté les ruelles escarpées jusqu’à ce que mes jambes protestent, ce qui, dans un village aussi vertical, ne prend pas très longtemps.
Quand y aller : en fin de printemps, quand la Serra do Açor environnante est verte et que les sentiers de randonnée autour du village sont praticables, avant que la chaleur estivale ne rende inconfortables les routes en lacets sans ombre.