Dramatic arid volcanic ridge of Ponta de São Lourenço extending into the Atlantic at Madeira's eastern tip
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Ponta de São Lourenço

"Madère passe toute l'île à être verte, puis jette tout ça par-dessus bord juste à la fin."

La pointe orientale de Madère rompt totalement avec le scénario luxuriant de l'île — une crête volcanique aride et austère, rouge et ocre, exposée à toute la force de l'Atlantique.

Le temps d’avoir parcouru les levadas de Madère et ses forêts de lauriers, je pensais avoir cerné l’île — verte, humide, indulgente. La Ponta de São Lourenço a corrigé cette impression dans les dix premières minutes du sentier. Cette péninsule étroite, à la pointe la plus orientale de l’île, est presque entièrement constituée de roche volcanique nue, des rouges, des ocres et des noirs superposés comme les couches d’un gâteau tranché, balayée par le vent et sans arbres, dans un décor qui m’a paru plus proche d’une île méditerranéenne ou des Canaries que de la Madère que je parcourais depuis une semaine. Le sentier qui part du parking de Baía d’Abra longe une crête avec des à-pics vertigineux des deux côtés, l’Atlantique cognant la roche loin en contrebas d’un côté, une eau plus calme de l’autre, et le vent ici est si implacable que j’ai gardé une main sur mon chapeau tout le long du trajet.

Marcher sur le bord de l’île

Le sentier complet jusqu’au phare, tout au bout, le Farol da Ponta de São Lourenço, prend quelques heures aller-retour et enchaîne montées et descentes en traversant une série de cols entre d’anciens cônes volcaniques. Des chèvres apparaissaient de temps en temps sur des corniches qui semblaient totalement inaccessibles, et la géologie mise à nu tout au long du parcours ressemble presque à un schéma de la formation de Madère — coulées de lave superposées, bombes volcaniques incrustées dans la falaise, des couleurs qui passent du rouge rouille au noir charbon selon la teneur minérale de chaque éruption. Je me suis arrêté à l’un des points les plus élevés et j’ai pu voir, par temps clair, jusqu’au contour pâle de Porto Santo à l’horizon, un rappel de la proximité réelle de l’île sœur de Madère.

Hikers walking a narrow ridge trail with sheer cliffs on both sides at Ponta de São Lourenço

Le manque d’ombre est la chose dont on ne vous prévient jamais assez sérieusement — il n’y a quasiment pas un arbre sur tout le parcours, et j’ai terminé la dernière ligne droite jusqu’à la voiture avec ma gourde vide et la nuque bien brûlée malgré un chapeau. Ça valait chaque minute d’inconfort. En regardant les vagues exploser contre les récifs volcaniques noirs juste au large, les embruns happés par le vent et dérivant en travers du sentier, j’ai découvert une version de Madère à l’état brut, comme l’intérieur cultivé et en terrasses de l’île ne le montre jamais vraiment.

Waves crashing against dark volcanic rock stacks just offshore from the Ponta de São Lourenço peninsula

Quand y aller : au printemps ou en automne, tôt le matin — le sentier exposé n’offre presque aucune ombre ni abri contre le vent, et la chaleur estivale de midi, sans le moindre couvert d’arbres, rend le trajet complet jusqu’au phare bien plus éprouvant qu’il n’y paraît sur la carte.