Mussenden Temple, a circular domed rotunda, perched on the cliff edge above the Atlantic near Castlerock
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Downhill Demesne et le Temple Mussenden

"Lia a dit qu'on aurait cru qu'on avait transporté par avion un morceau de Rome pour l'oublier sur une falaise irlandaise."

Une bibliothèque à coupole en équilibre sur une falaise atlantique, et le fantôme du manoir d'un évêque qui s'effrite dans l'herbe derrière elle.

Nous sommes arrivés à Downhill un matin qui n’arrivait pas à se décider — du soleil pendant dix minutes, puis un rideau de brume remontant de l’Atlantique, puis de nouveau du soleil. J’avais lu que le Temple Mussenden avait été construit en 1785 comme bibliothèque pour Frederick Hervey, l’évêque-comte de Derry, sur le modèle du Temple de Vesta à Tivoli, et j’avoue que je m’attendais à quelque chose de plus modeste. Ce n’est pas le cas. C’est une véritable rotonde circulaire, avec une vraie coupole, plantée juste au bord de la falaise comme si elle défiait la mer de l’emporter. Lia est restée plantée là une bonne minute sans rien dire, puis a fini par lâcher : cet homme s’est construit une bibliothèque au-dessus d’un précipice de trente mètres simplement parce qu’il le pouvait.

C’est exactement ce qui m’a happé chez Hervey pendant toute la visite — l’ampleur pure de son ambition. Ce n’était pas qu’une simple folie architecturale. C’était un bâtiment au sein de tout un domaine, et une fois qu’on dépasse le temple pour entrer dans les terrains proprement dits, on commence à comprendre ce que devait être Downhill House. Le manoir a brûlé en 1851, a été reconstruit, puis à nouveau ravagé par le feu, et il ne reste aujourd’hui que des murs — des encadrements de fenêtres ouverts sur le vide, des embrasures de portes qui donnent directement sur le ciel. Nous avons d’abord flâné dans le jardin clos, où quelqu’un du National Trust menait visiblement une bataille perdue mais obstinée contre le vent, avant de trouver la glacière et l’ancien colombier, tous deux à moitié engloutis par l’herbe.

The ruined walls of Downhill House with empty window frames open to the sky

Je ne suis pas d’ordinaire très friand de ruines — je les trouve un peu figées, un peu “on regarde mais on ne touche pas” — mais Downhill m’a saisi d’une manière que je n’attendais pas. Peut-être était-ce le vent qui faisait tout le travail, hurlant à travers des pièces vides qui abritaient jadis des lustres et la bibliothèque de classiques d’un évêque. Peut-être était-ce de savoir que Game of Thrones avait tourné ici, et d’essayer de repérer l’angle qu’ils avaient utilisé, avant de réaliser que tout l’intérêt du lieu, c’est justement qu’il n’a besoin d’aucun artifice. Nous avons mangé nos sandwichs assis sur un muret, le dos tourné à la ruine, face au temple et à l’étendue grise de la côte vers Castlerock, et pendant un moment, ni l’un ni l’autre n’a dit grand-chose.

Mussenden Temple viewed from the coastal path with the Atlantic stretching below

Ce qui m’est resté en repartant, c’est ce contraste — cette chose parfaite, immobile, coiffée d’une coupole, en équilibre sur le bord, et derrière elle, une maison qui n’a pas survécu à ses propres incendies. Deux versions de l’appétit d’un même homme, l’une intacte, l’autre non. J’y repense chaque fois que quelqu’un me demande ce que l’Irlande du Nord donne vraiment comme sensation.

Quand y aller : Venez entre le printemps et le début de l’automne, quand le jardin clos est en fleurs et que les vues côtières au-delà du Temple Mussenden restent dégagées assez longtemps pour en profiter — les tempêtes hivernales déferlent ici vite et fort, et dix minutes de répit ne vous suffiront pas.