Wide highway leading toward a grid of grey apartment blocks under a pale sky
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Pyongsong

"Notre guide, Mme Ri, a prononcé le mot 'Pyongsong' comme si elle laissait échapper un secret, puis a changé de sujet avant que je puisse poser une deuxième question."

Une ville scientifique fermée à une heure de Pyongyang, entraperçue seulement par la vitre du bus lors du seul détour que nos guides aient jamais autorisé.

Je n’ai jamais réellement mis les pieds à Pyongsong. C’est la manière honnête de commencer ce récit. Nous roulions sur l’autoroute au nord de Pyongyang, en direction du mont Myohyang, et notre accompagnateur a montré du doigt par la fenêtre un ensemble de tours d’habitation qui émergeaient de la brume et a dit, presque en passant, “ça, c’est Pyongsong, une ville scientifique.” Lia a croisé mon regard dans le reflet de la vitre — nous savions tous les deux qu’il ne fallait pas en demander davantage sur-le-champ, avec le second guide assis deux rangées derrière nous, écoutant tout. C’est l’un de ces endroits qui n’existe presque que comme un nom qu’on vous glisse au passage, pas comme un lieu où l’on vous emmène, et après deux voyages en Corée du Nord, j’ai appris que les noms qu’on vous donne en passant sont souvent les plus révélateurs.

Ce que j’ai reconstitué depuis, grâce à des guides qui se sont un peu détendus autour d’un soju lors de notre dernière soirée à Pyongyang, et à ce que j’ai lu depuis, c’est que Pyongsong abrite une bonne partie des instituts de recherche scientifique et technique du pays — le genre de campus fermés où, dit-on, des travaux sur le guidage de missiles auraient eu lieu. La ville a été construite dans les années 1960 comme cité satellite, délibérément tenue à l’écart du circuit touristique classique, et aujourd’hui encore, les visiteurs étrangers n’obtiennent pas l’autorisation de s’y arrêter. Ce qui est une drôle de chose à raconter dans un article de voyage, je le sais bien. Mais la version de la Corée du Nord vue depuis la vitre du bus est tout aussi réelle que la version soigneusement mise en scène, peut-être plus honnête encore, justement parce qu’elle n’est pas scénarisée.

Grey apartment towers seen from a moving vehicle on a North Korean highway

Ce qui m’a frappé, en la regardant pendant les quatre-vingt-dix secondes où elle est restée visible, c’est à quel point elle avait l’air ordinaire. Pas un complexe bunkerisé, pas de barbelés ni de projecteurs — juste des immeubles d’habitation, des fils à linge, un château d’eau, la même palette beige et bleu-vert que toutes les autres villes planifiées que nous avions traversées. Lia a dit que ça ressemblait à la périphérie de n’importe quelle ville de province chinoise qu’elle avait vue depuis un train, et elle n’avait pas tort. Cette banalité m’est restée en tête plus longtemps que les monuments, honnêtement. Le palais Kumsusan et les statues de bronze de la colline de Mansu sont conçus pour vous submerger ; Pyongsong a simplement défilé comme un paysage, ce qui lui donnait davantage l’air d’un lieu réel où des gens vivent vraiment et vont au travail.

Plus tard dans la journée, j’ai demandé à notre guide plus jeune, M. Pak, ce que les gens faisaient réellement à Pyongsong, en restant assez vague pour ne pas le mettre dans l’embarras. Il a répondu “des scientifiques, des professeurs, des gens très intelligents” et a souri d’une manière qui clôturait le sujet. J’ai laissé filer. On apprend vite, dans ce genre de voyage, quelles questions obtiennent une vraie réponse et lesquelles reçoivent une réponse toute faite, et celle-ci relevait clairement de la seconde catégorie — pas d’hostilité, juste une limite qu’il n’allait pas franchir avec deux touristes français et une accompagnatrice d’État venue de Pékin.

Rural highway lined with poplar trees leading toward a distant city skyline

Quand y aller : Vous n’aurez pas le choix — Pyongsong ne figure sur aucun itinéraire approuvé, et cela ne vaut la peine d’être mentionné que si vous avez déjà réservé le trajet routier Pyongyang-Myohyang, où un aperçu lointain depuis l’autoroute est tout ce qu’on peut espérer.