La Tour Juche s'élève au-dessus de statues de bronze de travailleurs à Pyongyang, sa flamme captant la lumière de l'après-midi sous un ciel bleu sans nuages

Asie

Corée du Nord

"On ne visite pas la Corée du Nord — on y est mis en scène."

J’ai atterri à Pyongyang un mardi d’octobre, et la première chose que j’ai remarquée, c’est l’odeur : propre. Pas la propreté d’un endroit qui est propre, mais la propreté d’un endroit qui est vide. Le terminal de l’aéroport avait des sols en marbre, une fresque de Kim Jong-un accueillant ce que j’ai supposé être des citoyens reconnaissants, et quasiment personne d’autre. Notre groupe de douze personnes était le seul vol de la journée. Un fonctionnaire en costume a souri à chacun de nous avec une intensité particulière — le sourire de quelqu’un à qui on a dit que sourire était obligatoire.

Pyongyang est la ville la plus contrôlée que j’aie jamais foulée. Chaque bâtiment qu’on vous autorise à voir a été sélectionné. Chaque rue que vous empruntez a été préparée. La Tour Juche se dresse de l’autre côté du fleuve Taedong, et on vous y emmènera, et vous vous tiendrez à sa base à lever les yeux vers ces 170 mètres d’optimisme socialiste, et le guide vous expliquera ce que signifie le Juche, et vous hochez la tête, et quelque part dans votre poitrine vous ressentez le vertige de ne plus savoir ce qui est réel. Ce vertige, c’est la véritable expérience de la Corée du Nord. Tout le reste n’est que décor.

Ce qui m’a surpris — et je ne m’attendais pas à être surpris — c’est la cuisine. On m’avait prévenu de n’espérer grand-chose. Or, dans le restaurant agréé par le gouvernement où nous avons mangé le deuxième soir, j’ai dévoré l’un des meilleurs plats de nouilles froides de ma vie : le naengmyeon, des nouilles de sarrasin dans un bouillon glacé avec une lanière de radis en pickles et un demi-œuf dur. Le cuisinier y avait clairement mis du soin. Quelqu’un, dans ce pays, se préoccupe des nouilles de sarrasin, et ce détail a défait quelque chose dans ma poitrine que tous les monuments avaient soigneusement construit. L’ordinaire persiste, même ici.

En dehors de Pyongyang — si on parvient à négocier l’itinéraire — la campagne est extraordinaire. Le mont Myohyang, dans le nord, abrite des temples qui précèdent la dynastie Kim d’un millénaire. Kaesong, près de la frontière sud, conserve un village de l’ère Goryeo où des vieux jouent aux échecs dans des cours intérieures comme si le vingtième siècle s’était passé ailleurs. Ce n’est pas de la propagande. C’est simplement très ancien, et très beau, et les guides semblent en être sincèrement fiers d’une façon qui sonne différemment de la fierté appliquée de la capitale.

Quand y aller : De fin avril à début juin, vous profitez des cerisiers en fleurs et évitez la chaleur estivale. Octobre est également excellent : air frais, ciels dégagés, et les couleurs d’automne sur le Myohyang donnent aux temples de montagne une allure de rêve. Évitez août, qui est l’anniversaire de la Libération du joug japonais et ajoute des couches de cérémonies qui rendent l’itinéraire encore plus rigide qu’à l’accoutumée.

Ce que la plupart des guides ratent : Ils présentent la Corée du Nord comme un pur spectacle politique, une case à cocher du tourisme sombre, un endroit qu’on visite pour pouvoir dire qu’on y est allé. Cette grille de lecture fait de vous un mauvais observateur. Les gens que vous entrevoyez — pas vos guides, mais la femme qui étend son linge sur un balcon du quatrième étage, les adolescents qui font la course à vélo près du fleuve Potong, le vieil homme endormi sur un banc du parc — vivent leurs vies à l’intérieur d’un système qu’ils n’ont pas choisi, comme la plupart des gens partout dans le monde. La chose la plus honnête que je puisse dire sur la Corée du Nord, c’est qu’elle a fait de moi un voyageur plus mal à l’aise, et que cet inconfort est la chose la plus précieuse que j’en ai rapportée.