Vue aérienne de la clairière de mangrove en forme de cœur connue sous le nom de Coeur de Voh, entourée de zones humides vertes près de Voh, Nouvelle-Calédonie
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Voh

"La chose la plus célèbre de Voh est invisible tant qu'on ne quitte pas le sol."

Une paisible ville de mangrove sur la côte ouest devenue célèbre pour une forme qu'elle ne peut elle-même voir depuis le sol.

J’avoue être allé à Voh pour une seule photographie, et je n’en ai pas honte. Le Coeur de Voh est une clairière en forme de cœur qui se forme naturellement dans les vasières de mangrove juste en périphérie de la ville, rendue mondialement célèbre lorsque le photographe français Yann Arthus-Bertrand l’a photographiée depuis un hélicoptère pour son livre puis pour le documentaire Home. Depuis le sol, ce n’est que de la mangrove, des salines et une colline basse ; la forme ne se révèle qu’à partir de quelques centaines de mètres d’altitude, ce qui signifie qu’il faut soit prendre un vol en ULM depuis la petite piste voisine, soit grimper au point de vue de Notre-Dame-de-Fatima et plisser les yeux sous un angle partiel qui ne donne peut-être que soixante pour cent de la carte postale.

J’ai fait le vol, et il en vaut la peine d’une manière que peu de vols « vue emblématique » offrent réellement. Le pilote incline l’avion une fois juste au-dessus de la clairière, et la voilà — un espace véritablement, indubitablement en forme de cœur au milieu de la mangrove, l’eau vert foncé traçant le contour comme s’il avait été dessiné au compas. Personne ne l’a planté. Personne ne l’a taillé. C’est un accident du flux des marées et de la croissance des racines qui, à exactement la bonne altitude, ressemble au symbole le plus photographié qui soit.

Vue aérienne à travers le hublot d'un petit avion de la clairière de mangrove en forme de cœur du Coeur de Voh en contrebas

La ville de Voh elle-même, le véritable bourg, n’a presque rien à voir avec tout cela. C’est une localité active de la plaine côtière ouest, terre d’élevage et de nickel comme la majeure partie de ce littoral, avec un supermarché, une église et un rond-point qui m’a semblé, allez savoir pourquoi, plus important qu’il n’aurait dû l’être. Je me suis arrêté prendre un café dans un petit établissement près de l’église et j’ai eu une conversation vraiment intéressante avec la propriétaire sur l’étrangeté de vivre dans un lieu célèbre pour une forme qu’elle n’a jamais vue elle-même, puisqu’il faudrait un avion pour la voir et qu’elle n’en a jamais pris un seul. Elle avait une photo encadrée derrière le comptoir, prise par quelqu’un d’autre, d’un endroit où elle vit à dix minutes.

Une rue paisible dans la ville de Voh avec les vasières de mangrove environnantes et des collines basses visibles au-delà des toits

Cette inversion — vivre à côté de quelque chose qu’on ne peut connaître que de seconde main — m’est restée en tête plus longtemps que le vol lui-même, à vrai dire. Cela dit quelque chose sur la façon dont les photographies fabriquent les lieux, parfois plus que les lieux ne se fabriquent eux-mêmes.

Quand y aller : Survolez le Coeur de Voh pendant la saison sèche, d’avril à novembre, quand le ciel est plus dégagé et que le niveau d’eau de la mangrove maintient le contour net. Les vols du petit matin évitent la brume de chaleur de l’après-midi qui adoucit la forme vue du ciel.