Un bastion de la côte est de la coutume kanak et des sources chaudes, atteint par une route de montagne qui fait comprendre pourquoi ce côté de l'île est resté plus longtemps que la plupart d'un esprit indépendant.
Se rendre à Canala fait partie de l’expérience. La route venant de Thio grimpe et redescend à travers la chaîne montagneuse centrale en une série de lacets si serrés que je me suis arrêté deux fois rien que pour laisser mon estomac se calmer, la forêt se refermant des deux côtés si densément que le ciel disparaît sur de longs tronçons. C’est l’un des trajets les plus physiquement spectaculaires de Grande Terre, et il vous dépose sur la côte est dans une ville qui a une réputation, méritée pour autant que j’aie pu en juger, d’être l’une des communautés les plus fortement identifiées kanak de Nouvelle-Calédonie — un endroit où la présence administrative française se fait plus discrète et où la coutume tribale et le régime foncier se font, en conséquence, plus forts.
J’étais à Canala pendant une petite cérémonie tribale que l’on m’avait arrangée la permission d’observer respectueusement à distance, et la formalité de tout cela — l’échange coutumier de présents, les discours dans un mélange de français et de paicî local, le rythme sans hâte d’un processus qui n’allait manifestement pas s’accélérer pour la commodité de qui que ce soit — a été un correctif utile à la rapidité avec laquelle j’en étais venu à considérer la Nouvelle-Calédonie comme une destination balnéaire à l’accent français. Cette région m’a rappelé, sans détour, à qui appartient réellement cette terre.

Canala possède aussi un ensemble de sources chaudes naturelles à quelques minutes de route du centre-ville, des bassins thermaux simples nichés dans la roche avec cette odeur sulfureuse qui trahit leur présence avant même qu’on ne voie la vapeur. Ils n’ont rien de glamour et ne sont absolument pas réglementés selon les standards des stations thermales — pas de vestiaires, pas de personnel, juste un bassin d’eau véritablement chaude que les habitants utilisent un peu comme une petite ville n’importe où utiliserait un bain communal, et deux adolescents qui visiblement venaient ici depuis toujours m’ont montré le bassin le plus profond et le plus chaud sans que je le demande.

Canala n’apparaîtra pas sur une liste restreinte tirée d’une brochure brillante, et c’est précisément la raison d’y aller. C’est l’un des endroits de Nouvelle-Calédonie où le versant kanak de l’identité du territoire n’est pas une exposition culturelle mais simplement la réalité opérationnelle de la vie quotidienne.
Quand y aller : D’avril à novembre pour les conditions de route de montagne les plus sèches et les plus sûres. Si vous avez un quelconque intérêt à observer la coutume tribale, organisez le contact via un guide local bien à l’avance plutôt que de vous présenter sans prévenir.
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