La formation de la Poule Couveuse à Hienghène, tours de roche sombre et dentelée émergent de la baie avec des collines forestières derrière
← Nouvelle-Calédonie

Hienghène

"Les rochers d'Hienghène ressemblent à quelque chose qu'une mythologie aurait inventé — sauf que c'est juste de la géologie qui en fait trop."

La route du nord depuis Koné jusqu’à Hienghène vous fait franchir un col de montagne et descendre dans une vallée qui s’ouvre, soudainement, sur la baie — et les voilà, les formations de calcaire noir qui font d’Hienghène un endroit différent de tout autre endroit de Grande Terre. La plus célèbre est la Poule Couveuse, un empilement de roche sombre émergeant de l’eau avec une forme qui, avec un peu d’imagination, suggère une poule en train de couver. L’imagination requise est modeste. Elles sont dramatiques à la façon dont les formations géologiques y parviennent parfois — non pas parce qu’elles sont les plus hautes ou les plus colorées, mais parce qu’elles sont inattendues.

Je suis arrivé en fin d’après-midi quand la lumière venait de l’ouest et frappait les surfaces calcaires en révélant chaque pli et chaque couture. La baie était immobile. Une pirogue traversait depuis l’autre rive, trop loin pour voir clairement le pagayeur, mais le son de la pagaie portant sur l’eau avec cette qualité plate et nette que produit l’eau calme. Je suis resté là le temps que la lumière change trois ou quatre fois.

La baie d'Hienghène à marée basse, la formation de la Poule Couveuse se reflétant dans l'eau plate, une seule pirogue traversant le cadre

Le village d’Hienghène est petit et principalement kanak, l’un des bastions du mouvement indépendantiste depuis les années 1980. Jean-Marie Tjibaou, la figure la plus importante du mouvement indépendantiste kanak et l’homme dont le centre culturel de Nouméa porte le nom, était originaire de Tiendanite, un village à peu de distance dans l’intérieur d’Hienghène. La zone autour du village conserve encore un certain poids politique, et il y a dans la façon dont les gens parlent de l’histoire du territoire une franchise qu’on ne trouve pas à Nouméa, où la conversation est plus diluée par la diversité de la population.

Le territoire environnant est parmi les plus riches en biodiversité de Grande Terre. Le massif du Panié au sud comprend le Mont Panié, le point culminant de Nouvelle-Calédonie à 1 628 mètres, et les forêts de ses versants supérieurs contiennent des espèces végétales que l’on ne trouve nulle part ailleurs sur terre. J’ai marché sur les sentiers inférieurs d’un chemin se dirigeant vers le massif un matin et j’ai trouvé des orchidées que je n’ai pas su nommer, des fougères arborescentes de la taille de petits immeubles, et une densité forestière qui rendait l’air presque solide.

Fougères arborescentes denses et orchidées sur un sentier forestier près du massif du Panié au-dessus d'Hienghène, le vert si profond qu'il semble émettre sa propre lumière

Il y a de l’hébergement près du village — modeste, fonctionnel, géré par le clan — et un petit restaurant attenant au gîte qui sert de la cuisine locale : poisson grillé de la baie, bougna sur commande avec suffisamment de préavis, et des fruits qui viennent des jardins entourant le village. J’y ai mangé les deux soirs, à une table sur la terrasse face à la baie, et j’ai regardé le ciel traverser ses transformations tandis que les lumières du village s’allumaient une à une dans le noir.

Quand y aller : De mai à octobre est la saison sèche et la fenêtre pour les randonnées vers le massif du Panié, quand les sentiers sont praticables et les vues depuis les hauteurs sont dégagées. La route du nord depuis Nouméa prend entre trois et quatre heures selon les arrêts, ce qui fait d’Hienghène un vrai engagement — rester au moins deux nuits pour justifier le trajet.