Savane vallonnée aux terres rouges près de Bourail avec du bétail broutant sous un large ciel pacifique, collines sèches au loin
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Bourail

"Bourail sent la poussière rouge et l'herbe coupée — rien de ce qu'on attendrait d'une île dans le Pacifique."

Une ville d'élevage sur la côte ouest de Grande Terre où la terre sent la poussière rouge et l'herbe sèche et la mer est dans le mauvais sens.

Bourail n’est pas là où la plupart des gens vont en Nouvelle-Calédonie. Elle est située dans les terres sur la côte ouest de Grande Terre, à environ 160 kilomètres au nord de Nouméa, entourée de terres d’élevage — de larges vallées de pâturages, des pistes en terre rouge, du bétail épars. Le Pacifique est techniquement proche mais invisible, caché derrière une frange côtière qu’il faut traverser en voiture pour l’atteindre. Je me suis arrêté ici pour une nuit en remontant vers le nord et j’ai prolongé mon séjour à trois jours, ce qui est en soi une forme d’éloge.

La ville est modeste et a un caractère de frontière — une rue principale avec un supermarché, une pharmacie, une quincaillerie, quelques boulangeries servant de vrais croissants décents, et le Café du Commerce où les éleveurs caldoches boivent de la Manta froide et où la conversation tourne autour des prix du bétail et de la pluie. Les Caldoches sont les descendants de colons européens installés ici depuis quatre ou cinq générations, et leur relation avec ce paysage particulier est l’un des phénomènes culturels les plus intéressants de Nouvelle-Calédonie — profondément attachés à la terre qu’ils cultivent d’une manière qui a plus en commun avec l’Australie rurale que la France métropolitaine, tout en conservant le français comme première langue.

La rue principale de Bourail un matin de semaine, les boulangeries ouvertes et la terre rouge visible sur les pneus des camions qui passent

Le cimetière de l’ANZAC juste à l’extérieur de la ville est petit et impeccable, les tombes des soldats néo-zélandais et australiens morts dans la campagne du Pacifique entretenues avec un soin qui reflète la distance que les gens parcourent pour les visiter. J’y suis allé tôt le matin quand la lumière était basse et que la rosée était encore sur l’herbe, et j’y ai passé un moment à lire les inscriptions — la plupart très jeunes, la plupart loin de tout endroit où ils auraient pensé finir.

Au nord de Bourail, la route serpente à travers le corridor de la Roche Percée et de la plage de Poé — un tronçon dramatique de côte où une arche naturelle appelée la Roche Percée s’élève du sable, et la plage de Poé s’étend sur plusieurs kilomètres dans les deux sens. C’est l’un des meilleurs endroits de la côte ouest du lagon pour se baigner : l’eau est calme, protégée des houles du Pacifique ouvert, et assez peu profonde pour qu’on marche longtemps avant d’avoir de l’eau à la taille.

L'arche naturelle de la Roche Percée sur la côte près de Bourail, le Pacifique visible à travers l'ouverture dans la roche, lumière de fin d'après-midi

Le cerf ici est exceptionnel. La population de cerfs sauvages de Grande Terre est énorme — ils ont été introduits au XIXe siècle, n’ont pas de prédateurs naturels et sont chassés en permanence sans être significativement réduits — et à Bourail on trouve du cerf sur presque tous les menus, braisé ou grillé, servi avec une sauce qui varie selon les maisons mais comprend généralement du vin rouge et de la patience. J’en ai mangé dans une pension tenue par une famille caldoche en lisière de ville, et c’était meilleur que la plupart du cerf que j’ai mangé en France, ce que la cuisinière a reçu comme le compliment que j’entendais lui faire.

Quand y aller : D’avril à octobre est la saison sèche, et les plages côtières près de Bourail sont à leur meilleur de mai à septembre quand le lagon est calme et l’humidité gérable. La Foire de Bourail en août est un événement régional bien établi — agricole, proche du rodéo, véritablement local — et vaut la peine d’être planifié si l’on veut voir cette version de la Nouvelle-Calédonie dans sa forme la plus spécifique.