Mangroves se reflétant dans l'eau immobile de la baie de Prony à l'aube, des murs en pierre coloniale en ruine visibles à travers les arbres sur la rive
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Baie de Prony

"Prony, c'est ce qui arrive quand un endroit cesse d'être habité mais oublie de cesser d'être beau."

Un village fantôme, des sources chaudes et un labyrinthe de mangroves à l'extrémité sud de Grande Terre, où l'île se tait d'une façon qui paraît géologique.

La route vers la baie de Prony file au sud depuis la vallée de Yaté le long d’une péninsule qui se rétrécit en avançant, la forêt se refermant des deux côtés, l’asphalte se dégradant en nids-de-poule puis en gravier puis en quelque chose qui requiert un certain engagement de la part du véhicule qu’on conduit. J’avais une petite voiture de location et je l’ai utilisée imprudemment, mais elle est arrivée. La baie est apparue au détour d’un dernier virage — large et plate, l’eau à peine distincte du ciel par un matin couvert, les ruines de l’ancien village émergeant de la lisière des mangroves.

Prony est un établissement fantôme. L’administration pénitentiaire coloniale l’a construit dans les années 1860 comme base pour le travail des bagnards — les bâtiments en pierre qu’ils ont érigés tiennent encore debout, ou en partie debout, leurs murs recouverts de fougères et du genre de mousse qui nécessite une humidité constante et plusieurs décennies de négligence pour atteindre sa densité actuelle. La chapelle est la structure la plus intacte : son toit a disparu mais les murs sont solides et la pierre corallienne a pris avec le temps une teinte qui évoque quelque chose entre le gris et l’ocre. Je l’ai traversée à un rythme qui paraissait approprié pour un bâtiment aussi vieux et aussi vide, et les oiseaux faisaient du bruit dans les arbres dehors mais rien d’autre.

La chapelle en ruines de Prony, ses murs en pierre corallienne sans toit couverts de mousse et de fougères, la lumière du matin entrant à angle bas par les encadrements de fenêtres vides

Les sources chaudes se trouvent à courte marche de l’ancien village par un chemin qui longe la rive, et elles sont véritablement étranges. L’eau émerge du sol à environ 40°C, légèrement teintée de minéraux — une légère nuance rouillée due à la teneur en fer — et s’écoule dans une série de bassins avant d’atteindre la mer. Le plus grand bassin est assez profond pour nager, chaud d’une façon qui devrait paraître inconfortable avec l’humidité tropicale mais qui, bizarrement, ne l’est pas. Je me suis allongé dans l’eau pendant une demi-heure par un matin déjà chaud et j’ai trouvé ça tout à fait bien. L’odeur est minérale et légèrement sulfureuse et très spécifique — pas désagréable, simplement reconnaissable entre toutes, l’odeur de la terre qui affirme qu’elle a ses propres processus en cours sous la surface.

La baie elle-même est un écosystème de mangroves important. Les mangroves du sud de Grande Terre sont parmi les plus étendues du Pacifique, et depuis l’eau — des kayaks se louent chez un petit opérateur près du croisement de la route de Prony — les canaux de mangroves deviennent un labyrinthe, les racines formant des arches au-dessus de l’eau, la lumière filtrant à travers le couvert végétal dans une diffusion gris-vert qui rend toute la chose sous-marine bien qu’on soit en surface. J’ai pagayé pendant trois heures sans voir le moindre être humain. Ce que j’ai vu à la place : un pygargue sur une branche de mangrove morte, de jeunes requins de récif se déplaçant dans les hauts-fonds en bordure des racines, un martin-pêcheur qui m’a précédé dans plusieurs canaux comme s’il guidait la visite.

Un kayakiste naviguant dans un étroit chenal de mangrove dans la baie de Prony, les racines échasses formant des arches au-dessus de l'eau verte immobile, un pygargue perché au-dessus

Il n’y a pas d’hébergement à Prony même — le plus proche se trouve à Yaté ou en revenant vers Nouméa. Cela en fait une destination à la journée longue ou, si on accepte de camper, le cadre d’une nuit véritablement isolée dans la nature sauvage du sud. J’ai repris la route vers Nouméa en fin d’après-midi avec la baie dans le rétroviseur, et pendant les vingt premières minutes du trajet je pouvais encore sentir les sources chaudes — cette combinaison minérale et saline spécifique à l’endroit où l’intérieur de la terre rencontre le bord du Pacifique.

Quand y aller : D’avril à octobre couvre la saison sèche et la fenêtre la plus confortable pour la route et le kayak. Les canaux de mangroves sont navigables toute l’année, mais la saison des pluies transforme la route vers Prony en véritable défi pour tout véhicule sans garde au sol élevé. Les sources chaudes sont, logiquement, mieux appréciées dans les mois secs et plus frais où la température ambiante rend la baignade dans une eau chaude un plaisir plutôt qu’une épreuve.