Des troncs d'arbres blanchis dressés dans l'eau immobile et sombre de tanin de la forêt noyée du Parc provincial de la Rivière Bleue
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Rivière Bleue

"Un barrage a tué cette forêt il y a des décennies, et elle n'a jamais paru plus vivante."

Un parc protégé dans l'extrême sud où une forêt noyée de géants morts se dresse dans une eau immobile, et où l'un des oiseaux les plus rares au monde refuse toujours de voler.

Le Parc de la Rivière Bleue se trouve dans l’extrême sud de Grande Terre, à environ une heure après Yaté, et il protège un paysage sans équivalent ailleurs sur l’île — un maquis dense et une forêt de kaoris enveloppant un réservoir créé dans les années 1950 lorsqu’un barrage hydroélectrique a noyé une vallée d’arbres immenses. Les arbres sont morts sur place, et six décennies plus tard, leurs troncs blanchis et sans branches s’élèvent encore directement de l’eau immobile, sombre comme du thé — un spectacle véritablement étrange et magnifique que le parc appelle la forêt noyée. J’ai loué un kayak à l’entrée et j’ai pagayé parmi eux pendant près de deux heures, l’eau si immobile qu’elle reflétait parfaitement les troncs, doublant une forêt qui, techniquement, n’existe plus.

Les voitures sont interdites au-delà de la barrière d’entrée, ce qui est la meilleure décision qu’ait prise ce parc — on se déplace à vélo, à pied ou en petite navette, et la lenteur imposée change entièrement la manière dont on vit l’endroit. J’ai parcouru à vélo la piste principale jusqu’au cœur de la réserve, passant devant des bosquets de kaoris géants qui précèdent le barrage de plusieurs siècles, certains parmi les plus grands arbres de Nouvelle-Calédonie, leurs troncs trop larges pour être enlacés à bout de bras sur une photo qui leur rendrait justice.

Un kayak glissant entre les troncs nus et blanchis de la forêt noyée reflétés dans une eau sombre et immobile

La raison pour laquelle la plupart des ornithologues sérieux viennent ici, cependant, c’est le cagou. Cet oiseau incapable de voler, gris cendré, est le symbole national de la Nouvelle-Calédonie et l’un des oiseaux les plus rares de la planète, qu’on ne trouve nulle part ailleurs sur Terre, et la population à l’intérieur des zones de contrôle des prédateurs de la Rivière Bleue est l’une des plus saines qui subsistent. J’en ai vu un à la troisième tentative, au crépuscule près d’un poste de garde, marchant de la démarche étrange et raide d’un oiseau qui n’a tout simplement jamais eu besoin de voler, son cri semblable à un aboiement rauque portant étrangement loin dans la forêt silencieuse. Ce n’est pas un oiseau spectaculaire à regarder. C’est, en revanche, un oiseau véritablement émouvant, une fois qu’on comprend à quel point il a frôlé la disparition totale.

Un cagou gris marchant dans la litière de feuilles du sol forestier de la Rivière Bleue au crépuscule

Ce parc demande au minimum une journée complète, et en récompense deux, honnêtement. C’est l’exemple le plus clair que j’aie trouvé en Nouvelle-Calédonie d’un paysage façonné par une ambition industrielle devenu depuis l’un des sites de conservation les plus importants du territoire, sans que l’industrie ni la conservation ne finissent jamais tout à fait par s’annuler l’une l’autre.

Quand y aller : Le parc est ouvert toute l’année, mais la saison sèche, d’avril à novembre, garde les pistes praticables à vélo et offre les reflets les plus nets sur la forêt noyée. Arrivez tôt pour maximiser vos chances d’apercevoir un cagou avant que la chaleur de midi ne fasse taire la forêt.