La façade baroque de la Parroquia de Santiago Apóstol à Compostela, le clocher de l'église s'élevant au-dessus de la place coloniale avec des champs de tabac visibles sur les collines derrière
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Compostela

"Un lieu qui fut brièvement le bord du monde espagnol connu et qui est aujourd'hui une halte en route vers ailleurs. Je le dis comme un compliment."

Compostela est une ville coloniale sur la route principale de Tepic vers la côte, dans une vallée cernée de champs de tabac, et l'une des plus anciennes implantations espagnoles de la côte pacifique occidentale du Mexique — Francisco Vásquez de Coronado y gouvernait avant son expédition de 1540 vers ce qui est aujourd'hui le sud-ouest des États-Unis. Je m'y suis arrêté une heure en route vers Puerto Vallarta, j'ai mangé une mangue à un étal de bord de route et j'ai remarqué quelque chose dans la lumière de cette vallée que je n'ai jamais vraiment réussi à m'expliquer depuis.

La plupart des gens qui conduisent de Tepic à Puerto Vallarta ne voient en Compostela qu’un arrêt-essence, rien de plus. J’en avais assez lu sur son histoire pour ralentir, et je suis content de l’avoir fait, même s’il faut avouer que sortir de la route nationale a demandé un peu d’effort — la voie principale contourne le centre-ville, et il y a un moment d’hésitation sur la sortie à prendre.

La vallée où se trouve Compostela n’était pas ce à quoi je m’attendais. J’avais anticipé la végétation tropicale luxuriante de la côte du Nayarit, ce genre de paysage qui commence une trentaine de kilomètres plus au sud. La vallée est au contraire plus sèche, plus agricole, avec une platitude qui accueille les champs de tabac cultivés ici depuis l’époque coloniale. Le tabac du Nayarit sert à la production de cigares mexicains et à certaines marques nationales de cigarettes, et à la fin du printemps, quand les feuilles sont en cours de traitement, il paraît que l’air de la vallée porte une douceur qu’on m’a dit plus agréable que l’odeur habituelle du tabac. J’y étais en février, avant la récolte.

Avant le Départ de Coronado

L’histoire d’ici est proprement stupéfiante si l’on considère les distances en jeu. En 1540, Francisco Vásquez de Coronado est parti de Compostela à la tête d’une expédition qui allait traverser ce qui est aujourd’hui l’Arizona, le Nouveau-Mexique, le Texas, l’Oklahoma et le Kansas avant de rebrousser chemin. Il cherchait les Sept Cités de Cibola, les mythiques cités d’or. Il ne les a pas trouvées. Mais l’expédition a parcouru un territoire que des bottes espagnoles n’avaient jamais foulé, et elle est partie de cette vallée sur la côte Pacifique, alors appelée le Nouveau Royaume de Galice.

Compostela était la capitale de ce royaume — le centre administratif d’un territoire vaste et mal connu, s’étendant de la côte Pacifique vers l’intérieur des terres. Coronado en fut le gouverneur avant de devenir explorateur. La ville qui a servi de tremplin à l’un des voyages terrestres les plus ambitieux de l’histoire des Amériques est aujourd’hui une ville-marché d’environ vingt mille habitants, au service des communautés agricoles entre la sierra et la côte. L’histoire a une façon curieuse de redistribuer l’importance.

La Parroquia de Santiago Apóstol est le principal vestige architectural de la période coloniale, et un beau vestige — une façade baroque avec la pierre taillée caractéristique de l’architecture religieuse coloniale du Nayarit, l’église nommée en l’honneur de saint Jacques, qui est aussi à l’origine du nom de la ville (d’après Santiago de Compostela, le lieu de pèlerinage en Galice, en Espagne). La place devant elle est bien entretenue et largement déserte en milieu d’après-midi un jour de semaine, avec la population habituelle de retraités et d’écoliers que l’on trouve sur les places des villes mexicaines aux heures où la population active travaille.

La place principale de Compostela avec la Parroquia de Santiago Apóstol en arrière-plan, quelques bancs occupés par des habitants à l'ombre, les bâtiments coloniaux du centre-ville autour de la place

Le Marché et la Mangue

Le marché de Compostela fonctionne tous les jours et dessert les communautés agricoles alentour. Je l’ai traversé en cherchant quelque chose à manger et j’ai trouvé, près de l’entrée, une femme vendant des mangues depuis une caisse. C’étaient des mangues manille — la petite variété en forme de rein, intensément sucrée, qui pousse dans les basses terres côtières de l’ouest du Mexique, et qui n’a rien à voir avec les mangues que je connaissais en France, la plupart kenyanes ou brésiliennes, conçues pour la durabilité en rayon plutôt que pour le goût.

Elle m’en a coupé une pendant que j’attendais, l’a épluchée au petit couteau en une spirale continue et me l’a tendue sur un bâtonnet. Je l’ai mangée à l’entrée du marché. Elle coûtait douze pesos. La douceur atteignait un niveau qui vous fait momentanément revoir vos convictions sur les fruits.

La lumière de la vallée que j’évoquais au début, c’est quelque chose que j’ai essayé de décrire à Lia sans jamais vraiment y parvenir. Elle est différente de la lumière côtière plus au sud — moins intense, plus diffuse, filtrée par la poussière et l’humidité d’une vallée agricole en altitude. Les champs de tabac et les coteaux secs la captent autrement que la côte. C’est la lumière propre à une vallée intérieure qui n’est ni montagne ni plage, et je l’ai trouvée étonnamment belle pour un endroit où je m’étais arrêté à cause d’une note de bas de page historique.

Un champ de tabac dans la vallée de Compostela sous la lumière de l'après-midi, les contreforts de la Sierra Madre s'élevant en arrière-plan, le ciel du bleu profond de la saison sèche au Nayarit

Comment s’y rendre

Compostela se trouve sur la route fédérale 200 entre Tepic et Puerto Vallarta, à environ 50 kilomètres au sud de Tepic et 90 kilomètres au nord de Puerto Vallarta. Les bus de la ligne côtière s’y arrêtent. La ville se visite facilement comme une halte sur le trajet entre les deux villes — prévoyez une heure et demie pour voir l’église, marcher sur la place et manger quelque chose au marché. Si l’histoire coloniale vous intéresse, la Presidencia Municipal propose parfois de petites expositions d’histoire locale. Venez en saison sèche — de novembre à avril — quand les routes sont faciles et la vallée est à son plus photogénique.

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